Anna Karénine


Read / lundi, février 4th, 2019

Je me rappelle avoir lu dans un blog littéraire que la Russie est une nation à part digne de respect. Puissante de ses dimensions historiques, culturelles et spirituelles, elle est forte de ses épreuves et ses leçons.

Plus vaste pays du monde avec des dimensions géographiques eurasiatiques, avec une langue et une culture slaves, renforçant sa position spirituelle. Nation hybride, c’est un modèle de tolérance respectant les ethnies minoritaires (notamment les tatars musulmans) qui sous le règne des Tsars n’ont pas connu le sort tragique des Indiens ou esclaves américains ; beaucoup plus attaquée qu’attaquante : son général hiver a vu vaincre à la fois Napoléon et Hitler, elle a connu des moments de gloire et de trouble, entre un héritage tsariste et une époque soviétique.

L’âme russe a ainsi des traits particuliers qui lui donnent une forte spécificité et des écrivains comme Léon Tolstoï ont fait revivre à travers des œuvres monumentales, tel Anna Karénine, comme seuls les russes peuvent en écrire, non les schémas romanesques de leurs protagonistes, mais les caractères particuliers de toute la société de leur époque

Auteur culte parmi les cultes du siècle d’or de la littérature russe, Tolstoï brosse divinement ici la diversité psychologique ; troublant et saisissant, son ouvrage n’est pas considéré seulement comme un chef d’œuvre, mais comme le roman du siècle, marquant l’entrée triomphale de l’œuvre russe en Europe.

Même si elle donne à l’œuvre son nom, Anna n’est pas la seule figure qui se développe tout au long de ses deux tomes. On y voit Levine, le personnage porte-parole de l’auteur, connu de ses réflexions philosophiques et spirituelles, son nihilisme et sa répugnance de la violence, amoureux de Kitty, elle-même amoureuse de Wronsky, un jeune militaire frivole. L’entrée en jeu d’Anna, femme mariée jeune sans connaitre l’amour, est suffisante pour chambouler cartes et cœurs.

Les deux principaux couples, sont parfaitement liés soit par l’amitié, le sang ou les sentiments. Chacun des personnages est suffisant pour représenter le péché, la passion, la trahison, le pardon, le mépris, la jalousie, la perte, la foi…

Entamé depuis 1870, cette tragédie éternelle, ce récit intemporel et universel n’est apparu dans son intégralité qu’en 1877, où l’écrivain analyse à la perfection la nature humaine sous tous ses aspects, ce qui pourrait toucher l’être humain au moins une fois dans sa vie. Il n’est pas rare dans un chapitre ou un autre de ne pas se retrouver, sous les traits d’un de ces personnages, centraux ou secondaires (une trentaine) en orchestrant son récit entre le détail et l’essentiel, mêlant parallèlement les sphères nobles à celles terriennes.

Toute l’horreur de Levine pour la terrible énigme de la mort se réveilla avec la même intensité que pendant la nuit d’automne où son frère était venu le voir. Plus que jamais il comprit son incapacité à sonder ce mystère, et ma terreur de le sentir si près de lui et si inévitable. […] L’amour seulle sauvaitet devenait d’autant plus fortet plus pur qu’il était menacé.

P. 243. Tome 2

Tolstoï nous présente une Russie où pratiquement tout le monde est un prince, une noblesse aristocratique sur laquelle il porte un œil critique, une élite croyant ses idées universelles, soumise beaucoup plus à l’hégémonie des apparences (notamment dans le personnage de M. Karénine) qu’aux valeurs chrétiennes, motivée par l’hypocrisie et les intérêts, parallèlement à une écrasante majorité de paysans à la vie rustique.

En dehors de la trame de fond, les sujets tels les réunions ministérielles, les jeux des clubs, les chasses au bois, sont d’autant plus rébarbatifs que l’on voudrait voir avancer la double intrigue et en connaitre le dénouement. Mais dans l’ensemble, avec un immense génie créateur d’émotions on y prend grandement plaisir.

La vie mystérieuse, palpitante et frémissante y est décrite avec brio. Le cœur humain, en sa profondeur, avec ses passions et ses penchants, ses tourments, ses souffrances, ses doutes, ses haines et ses petites joies est sondé à travers les 600 pages de chaque tome. C’est le roman de l’amour coupable, de la quête du bonheur et la recherche de soi dans la foi ou dans la passion, même destructrice.


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