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Verba volant…Scriba manent… Faire parler son stylo ou son clavier, c’est s’extérioriser…

Beloved

Pour la première fois, les livres d’un book haul se sont suivis l’un derrière l’autre me procurant grande satisfaction. Et c’était depuis quelques semaines, le tour de Beloved. Une lecture qui n’est pas le moindrement accessible avec un récit analepsique et compliqué que réussit avec finesse Toni Morrisson,

Dans son 5ème roman, la romancière s’inspire d’une histoire vraie pour présenter, avec des mots crus, des détails bouleversants – mais avec poésie- la vie quotidienne d’une femme, sa fille, sa belle-mère, vivant isolément de tous, subissant chaque jour les colères d’un bébé fantôme.

Le 124 était habité de malveillance. Imprégné de la malédiction d’un bébé. Les femmes de la maison le savaient, et les enfants aussi. Pendant des années, chacun s’accommoda à sa manière de cette méchanceté. P. 1

Ancienne esclave, Sethe, avait réussi à faire échapper ses enfants de la plantation où tous, femmes et hommes noirs n’étaient pas considérés comme des personnes, mais des propriétés, déplacées comme des pions sur un échiquier.

Survivant aux corrections corporelles, fuyant à travers les bois et la rivière, elle réussit à les rejoindre dans l’Ohio, un Etat libre. Quand elle aperçoit des chasseurs d’esclaves venant à sa direction, elle agit sous l’impulsion d’un amour maternel, fort et pesant. Elle blesse ses enfants et égorge sa fille de deux ans, Beloved, plutôt que retourner à l’esclavage et les voir subir le même sort que leurs parents.

En plus d’avoir dû se servir de leur tête pour aller de l’avant, ils avaient le poids de la race tout entière qui leur pesait dessus. Il y aurait fallu deux têtes. Les Blancs étaient persuadés que, quelles que fussent leurs manières, sous toute peau sombre se cachait une jungle. Eaux rapides et non navigables, babouins hurlant et se balançant, serpents endormis, gencives rouges et prêtes à boire le doux sang blanc. P. 276-277

Traînant -et assumant- le poids de son acte, Sethe, et sa fille Denver, mènent une vie de solitude loin du monde, dans leur monde de douleur, d’amertume et de culpabilité. Mais l’apparition d’une étrangère, dénommée Beloved, ayant le même âge du bébé si elle avait vécu, bouleverse leurs vies, et donne à Sethe l’occasion d’exorciser un passé qu’elle était décidée à laisser derrière elle.

Pour une ancienne esclave aimer aussi fort était risqué, surtout si elle décidait d’aimer ses enfants. P.69

Paru en 1987, le très célèbre roman de la littérature afro-américaine, et ceux importants du monde, Beloved a permis à son autrice d’être reconnue de son vivant parmi les 100 meilleurs livres de tous les temps. Il a remporté le Prix Pulitzer pour la fiction en 1988 et Toni Morrisson reçoit le Prix Nobel de Littérature en 1993 pour sa capacité de ressusciter un aspect essentiel de la réalité américaine, dans ses romans, marqués par une force visionnaire et une grande puissance poétique. Défini comme un roman de la faute, de la difficulté du pardon comme du deuil, il a été adapté en 1998 dans un film du même nom mettant en vedette Oprah Winfrey

En écrivaine engagée, Toni Morrison a éclairé par une œuvre de violence et de haine, où se mêlent le réel et le fantastique, les consciences sur la réalité étouffée des noirs américains réduits à l’esclavage, à reconstituer leur passé collectif et rompre le silence des blancs (ce qu’elle qualifie d’amnésie nationale) sur les méthodes courantes de châtiments.

Toni Morrison décide d’explorer dans son nouveau roman la parole étouffée : celle d’une mère qui a préféré interrompre le fil d’une forme de transmission établie en mettant à mort sa fille destinée à la condition d’esclave ainsi que celle de l’enfant assassinée qui revient d’entre les morts pour exiger une explication face à l’indicible. Parisnanterre.fr

J’ai beaucoup apprécié les dernières parties où le tableau en entier commençait à prendre forme au milieu des bribes de récits et de portraits alambiqués, la rendant très exigeante pendant 379 pages.

Safaa White

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