Boris Godounov

Boris Godounov

Depuis que j’en lis, je trouve du plaisir à me plonger dans les délicieuses œuvres russes. Je sais qu’un tel attachement psychologique ne peut qu’être la conséquence du grand intérêt porté à la civilisation et à l’Histoire de cet ancien Empire fastueux. S’ajoute à cela le tragique de la fin d’Alexandre Pouchkine (1837), notre poète d’aujourd’hui, fondateur de la littérature moderne.

Tragédie historique, composée de 23 scènes, Boris Godounov, écrite en 1825 en exil et publiée en 1836, marque la naissance du théâtre et du romantisme en Russie. Se basant sur les chroniques officielles de l’historien Nicolas Karamzine, elle couvre une période historique, du 15 février 1598 – la montée au trône de Boris – au 7 juin 1605, l’entrée du Faux Dimitri à Moscou. Comme Pougatchev dans La fille du capitaine, il s’agissait d’un usurpateur s’autoproclamant le fils d’Ivan IV (le Terrible), dont la vraie mort en 1591 fut à l’origine d’une crise politique qui dura plus de 20 ans, appelée Temps des Troubles.

En vers libres, l’écrivain a brodé un drame de maturité, de passion, d’ambition, de remords, de crime et de châtiment, sur une profondeur historique, psychologique et poétique. Il met en lumière une des figures les plus tragiques de l’histoire. Boris le tsar, accusé de l’assassinat du vrai tsarévitch, confronté à un imposteur, en réalité moine déserteur au nom de Grigori Otrepiev. Pouchkine met en scène un troisième personnage décisif, le Peuple, soulignant son manque de loyauté et sa prédisposition à la manipulation.

Tu te trompes, nous sommes moins que ça-

Et notre armée, ma foi, n’est pas brillante.

Les Cosaques sont des pilleurs de fermes,

Les Polonais, des ivrognes vantards,

Et les Russes… que dire de nos Russes…

Je n’irai pas jouer au plus malin…

Mais d’où vient notre force, Basmanov ?

Est-ce l’armée, ou l’aide polonaise ?

C’est l’opinion, oui, l’opinion du peuple. P. 107. Traduction d’André Markowicz

Longtemps considéré comme un « mal pensant », Pouchkine met en garde son lecteur qui voudrait voir dans la pièce une quelconque allusion aux faits contemporains : mon projet est historique et purement historique, écrit-il dans une lettre. Pourtant, son travail, dédié à la mémoire de l’historien Karamazine qui avait salué ses débuts, fut perçue comme un geste subversif face au pouvoir. L’œuvre fut interdite à sa sortie – il ne l’a jamais vue jouée – et elle a suscité pour longtemps les controverses littéraires même 180 ans après sa mort.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *