Chanson douce

Deuxième roman de l’écrivaine et journaliste Leila Slimani et qui lui a valu le 03 novembre le prix Goncourt 2016. D’ailleurs, c’est au lendemain de ce discernement, qu’Asmaa m’en fait cadeau et j’avais souhaité – poussée inconsciemment par la force des liens d’origine- qu’il me scotche, qu’il me rende fière, que son livre me fasse voyager dans l’univers de l’infanticide mais avec poésie. Je ne spoile rien, parce que depuis l’annonce de sa candidature au prix littéraire le plus convoité, nous savons tous de quoi s’agit-il : c’est l’histoire d’une nounou qui tue les enfants qu’elle garde !

Ce livre capable de dissuader tout parent à la recherche d’une nourrice est incontestablement un Goncourt facile à lire. La plume de Leila Slimani est légère, coulante et contemporaine. Elle transporte le récit, plausiblement tiré de fait divers qu’elle a déjà lu, à Paris, où un couple auquel il est facile de s’identifier, est à la recherche du meilleur mode de garde pour leurs deux enfants. Et comme un coup de foudre amoureux, Louise est arrivée, à la fois nourrice et femme de ménage, conteuse et berceuse, cuisinière et soigneuse. Le bonheur est presque parfait !

Ce personnage représente ces milliers d’individus qui tiennent l’équilibre d’une société où l’on se bouscule, dans laquelle on est en perpétuelle course contre la montre, qui nous sont indispensables mais qui vivent à l’écart, dans l’ombre, sans être censées avoir leurs vies à eux. Les nounous en font partie. Chanson douce, que j’ai lu en version numérique, dévoile en filigrane ces relations de dépendance mutuelle entre la nounou est ses employeurs, des relations scellées par l’irréprochabilité et la disponibilité de la première et le débordement et la culpabilité des derniers, qui font que l’anneau se ferme chaque jour davantage emprisonnant tous les protagonistes, jusqu’à ce que le drame irréparable tombe!

A défaut de laisser transparaître des explications, on pourrait ponter du doigt l’embarras quotidien et l’étrange situation où ils sont à la fois des intimes et des étrangers – déclare la romancière dans une entrevueet qui fait qu’une double vie exténuante ait d’énormes retombées psychologiques, pathologiquement suffisantes pour le déraillement des choses depuis la perfection, l’amour, les petits soins jusqu’à l’indifférence, le paranoïa, les silencieux tac au tac : Au cœur de la Capitale et dans la banlieue, aimer les enfants d’autrui alors que le sien est parti, côtoyer le bonheur sans en avoir droit…

Je ne nierais pas que dès les premières pages l’écriture s’ouvrant sur la scène du crime saisit l’attention, mais contrairement à plusieurs lecteurs je sais que le style n’est pas celui qui me fascine complètement. Malheureusement, des chapitres mi-figue mi-raisin, font qu’il manque à l’œuvre ce soupçon pour qu’il frôle le coup de cœur. Je pourrais lui reprocher la description survolant l’essentiel des sentiments de la nourrice, le déclic derrière le changement de son tempérament, et pesante avec des détails qui n’apportent rien à l’œuvre.

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