Le comedy club de Ramadan


Watch / mardi, juin 28th, 2016

De politique et de religion je ne parle jamais. Pas parce que j’aime en évitant les polémiques converger les opinions autour de mes sujets neutres, mais parce qu’objectivement je n’en maitriserais guère les propos. A moins de donner mon propre avis entre guillemets, en exprimant ce que je pourrais éprouver, j’aimerais tellement continuer à respecter les spécialités et ces deux registres requièrent particulièrement de profondes connaissances.

Toutefois, la façon dont les décideurs via les télévisions tentent de manipuler les téléspectateurs en réduisant les précieuses heures sacrées du mois de Ramadan, au seul verbe regarder m’a toujours indigné, et chaque année le vomi télévisé se déversant sur tous les satellites et dans nos écrans m’interpelle, notamment son association faite avec les programmations humoristiques diurnes ou nocturnes.

Sur un calendrier de douze mois, celui-là censé être dédié exclusivement au culte, à la lecture de coran, aux invocations et aux prières, devient un champ de bataille légitime où toutes les chaines se concurrencent pour séduire le public et gagner en audimat par feuilletons, séries et émissions. Probablement, parce que c’est l’occasion plus que parfaite pour réunir les membres de la famille autour de la surproduction des mets et des programmes.

Alors, depuis quand l’humour a commencé à y être lié? Le rire et la plaisanterie qui s’invitent à nos tables au moment de la rupture du jeûne sous leur version de caméra cachée faisant grimper la tension artérielle, de sitcoms aux messages consommés mal emballés, provoquent chez moi l’effet inverse! Un humour qui ne réveille cependant pas l’attention ou attire la réflexion comme il se doit. C’est du comique gratuit, dénudé d’intérêt, vide d’apport, sans regard profond sur la société. Ce n’est pas ce genre qui consiste à traiter « à la légère les choses graves, et gravement les choses légères » comme le définit l’écrivain et peintre Paul Reboux et comme on l’a appris en littérature.

Je ne voudrais surtout pas me mentir : il m’arrive d’assister occasionnellement à certaines scènes, et d’en rire quand la drôlerie est fine, mais rarement avec ce sentiment de satisfaction. C’est plutôt de l’amusement !

Sauf que cette année, il est des personnes qui ont réussi à apporter un nouvel œil sur la réalité  : A côté de Qomra (nouvelle émission d’Ahmed Shugairi le célèbre animateur de خواطر), on était agréablement surpris de découvrir un nouveau visage de caméra cachée sans que cela ne soit hilarant ou dérisoire, et les retours des arabes par rapport au programme télévisé الصدمة ou The Shock sont très positifs.

موعد-عرض-برنامج-الصدمةLe principe étant de proposer, dans des lieux publics et dans 5 pays (Liban, Egypte, Iraq, Arabie Saoudite et UAE) à l’aide d’un comédien ou deux, des situations différentes, pour ensuite observer et mesurer les réactions des gens.

يا ترى هتقف وتساعد ولا هتتفرج وتمشي. Tel en est le concept ! Autrement dit : allez-vous aider, ou vous vous contenterez de regarder et passer ?

Jusque-là les réalisateurs ont choisi de traiter des cas sociaux en l’occurrence se rapportant à la violence envers les enfants, l’humiliation à l’égard d’un père ou une mère âgé(e), le vol, le harcèlement, la maltraitance des bonnes, la pollution, la confiance, l’handicap, etc. tous des sujets avec autant de réalisme, mais peu anodins au quotidien, où la « victime » n’est pas en situation confortable, d’où le souhait de la voir réagir : On se place systématiquement à l’autre bout du monde en se demandant si jamais tel était le cas, on irait vers l’autre et tenterait de « stopper le massacre » ? Ou bien l’inertie, l’indifférence, le « je m’en foutisme »  s’empareront de nous et prendront encore et encore le dessus !

Inspirée de constats vécus dans le monde arabe, cette opération de street marketing veut surtout bousculer le téléspectateur, pour qu’au final le message positif et humain que l’on souhaite passer ait toute l’influence escomptée.

Les citoyens qui ont fait preuve de plus de réactivité se sont avérés exactement ceux qui tentent d’être ce changement qu’on voudrait voir dans le monde (#ghandi) et sont l’effective interprétation du verset coranique : كُنتُمْ خَيْرَ أُمَّةٍ أُخْرِجَتْ لِلنَّاسِ تَأْمُرُونَ بِالْمَعْرُوفِ وَتَنْهَوْنَ عَنِ الْمُنكَرِ([sourat ‘Al Imran /110] qui signifie : « Vous êtes la meilleure communauté qui ait été amenée à émerger pour les gens, vous ordonnez le bien et vous interdisez le mal»).

Cette émission, qui malgré son succès auprès du public dès le premier épisode, n’a malheureusement pas bénéficié de la propagande nécessaire pour la promouvoir, contrairement à certains shows,-comme celui « رامز بيلعب بالنار » diffusé sur le même groupe de chaines MBC– faisant appel (sans la moindre valeur ajoutée !) à l’expertise étrangère et aux dépenses prodigues capables de subvenir aux besoins de millions de réfugiés, de nécessiteux et de démunis qui jeûnent eux sous l’humour noir !

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