Confessions d’une e-shopaholic


Think / samedi, juillet 16th, 2016

Au fond de nous toutes sommeille une Rebecca Bloomwood, l’héroïne de l’auteur Sophie Kinsella, qui ne manque de surgir devant les vitrines et sent monter en elle une chaleur baptisée dans le monde du commerce la fièvre acheteuse : les doigts qui démangent pour toucher ce tissu soyeux, les yeux qui brillent devant l’éclat d’une pochette de soirée, ou le désir de dévaliser une boutique cosmétique et d’enfouir tous les minuscules produits de beauté dans de petits paquets qui finiront par s’oublier dans les tiroirs de notre commode ou expirer sans (jamais) vraiment être utilisés !

Il faut plus de courage que de force pour se confesser, et si aujourd’hui je mets en avant mes « péchés » et déclare que je suis RELATIVEMENT une shoppeuse compulsive, c’est que j’essaye tant bien que mal de vaincre cette dépendance, la canaliser ou du moins limiter les châtiments que je fais subir à ma carte bancaire aux courses essentielles, sans tomber dans l’excès destructeur, autant sur le plan financier que sur le plan émotionnel quand culpabilité et détresse s’en suivent !

#confession n°1 : n’ayant jamais aimé faire les magasins, encore moins faire la queue devant les caisses ou les cabines pour essayer interminablement des tenues, j’ai trouvé facilement mon bonheur dans Internet et je peux fièrement attester que le commerce électronique au Maroc a évolué grâce à des personnes comme moi, qui n’éprouvent aucune gêne ni frayeur à effectuer de telles transactions financières, même avec le risque augmentant du cyber-piratage.

#confession n°2 : avoir recours au e-shopping me procure la sensation d’être la seule et unique cliente qu’on s’empresse de servir (mais pas gratuitement, Cf confession n°6), et j’y gagne en minutes. Le temps de quelques clics les commandes sont faites en attente de la livraison.

Une addiction comme celle-ci est souvent liée à un manque de confiance en soi, à la recherche de l’estime personnelle, mais j’estime personnellement qu’avec mes e-achats je suis à la recherche de plus de légèreté et de commodité. Contrairement aux avis de psychiatres (parce que oui, le trouble du magasin compulsif est reconnu de manière juridique, ce qui signifie qu’il est possible de faire reconnaître la maladie après expertise psychiatrique. source Wikipédia) je ne fuis pas les responsabilités du monde adulte, et Internet ne me donne pas l’impression d’un jeu dynamique où je suis à l’abri. Au contraire, je suis consciente de tous les risques qui y vont de pair, c’est juste que (1) j’ai horreur des bourdonnements des boutiques et, (2) je manque horriblement de temps.

#confession n°3 : je commande tout et partout en ligne. (Je viens tout juste de finalisé la commande d’une sorbetière avant de me pencher sur la publication de cette note). J’ai des comptes pratiquement dans tous les sites marchands avec l’extension (.ma) et voici des exemples :

  • Larose.ma : le prêt à porter pour femmes
  • laredoute.ma : le prêt à porter toute la famille et linge de maison
  • citymall.ma : produits de parapharmacie
  • jumia.ma : Grand mall d’articles divers mode et high-tech, vaisselle et décoration, etc.
  • odesign.ma et ikea.ma : spécialiste en ameublement
  • Monjouet.ma et Youpi.co.ma : vente de jouets
  • Babiesmall.ma : vente d’articles puériculture,
  • Delichef.ma : Articles de pâtisserie
  • et dernièrement des livres sur livremoi.ma
  • J’ai un panier pas encore validé sur zaaz.ma spécialiste d’articles maman et bébé aussi.

…Sans parler des sites de deals et super deals auxquels je suis restée longtemps accro jusqu’à me rendre compte de la manipulation, des fois carrément l’arnaque, derrière les coupons de réduction te poussant à acheter des produits certes à moindre prix par rapport au marché mais dont tu n’as pas nécessairement besoin.

#confession n°4 : L’accro au e-achat n’est pas entièrement coupable : notre société de consommation et sa moderne facette résumée dans la facilité de nous procurer une carte de crédit et, pire d’effectuer des paiements différés au-dessus des capacités financières de l’individu encouragent de telles shopping-attitudes ! Et là, j’aime bien quand sur internet l’argent perde de la valeur. Il est tout simplement dématérialisé.

Derrière l’écran, l’objet lui-même est intouchable, l’acte d’achat, le paiement, tout est virtuel, tout donne l’aspect d’être dans une bulle (sauf au moment de recevoir son bulletin de compte !)

#confession n°5 : j’ai toujours aimé porter de belles tenues, et le fait d’en voir une belle façon de s’affirmer ne date pas d’hier, mais assez loin à une certaines période où les lourds termes du jargon freudien, tels faille narcissique, faible capital émotionnel, ou pouvoir de séduction ne devaient absolument pas trouvé leur interprétation chez la petite personne que j’étais !

Maintenant, s’il n’y a pas de mal à se faire plaisir en s’habillant, et si on tache de soigner sa garde robe, sans prétendre qu’elle ressemble à celle des Kardashians, il ne faut pas non plus tomber dans l’excès : Le souci viendra de l’incapacité d’équilibrer entre le shopping offrant une source constructive d’expression de soi et la forme dangereuse qui débride la bête sauvage incontrôlable.

Du risque de commander des vêtements que je ne peux pas essayer se développe la culpabilité d’avoir dépensé de l’argent dans un achat superflu, surtout que j’ai toujours la flemme de retourner les fringues trop moulants, trop grands, trop serrés ou trop longs, etc. Là, j’avoue que je mérite bien qu’on me qualifie de victime fatidique d’oniomanie, ou tout simplement d’entassement d’achats !

#confession n°6 : Le fait de me diriger vers un portail commercial émane d’un besoin officiellement justifié. Tout ce que j’achète devrait théoriquement avoir une utilité. Je n’ai pratiquement rien en double. J’atteste donc, que je fais rarement d’achats prodigues, je ne suis jamais tombée dans l’endettement, mais des fois c’était limite limite.

Les malheurs commencent quand, au moment où j’y suis, il est rare de m’en aller avec uniquement un seul article à bord du panier !

Il m’arrive de regretter les achats dont l’utilisation ne dépasse pas quelques minutes de sa durée de vie. Mon meuble TV acheté auprès d’Odesign.ma représente un autre cas de figure de culpabilité : je l’ai trouvé après recul excessivement cher sans grande fonctionnalité.

#confession n°6+1 : je n’aime pas me confesser sur mes buying attitudes et mon grand cauchemar serait qu’on me traite d’une accro de shopping 😉