Confessions d’une (mal)heureuse {2}

Après mon passage à confesse sur la chance et ses détours, il est temps comme convenu de dire ce que je pense sur le bonheur, que j’avais cru en avoir résolu la question en me persuadant, après de longues méditations, qu’il n’était ni matériel ni conditionnel, toujours instantané, jamais grandiose, composé en revanche de petits plaisirs relatifs l’un de l’autre. Jusqu’à ce que je tombe sans indication de source sur ce qu’on pourrait appeler des règles arrêtées sur le thème. Ce jour-là, j’ai su que jamais je n’aurais accès à la sérénité de ce paradis de l’âme, en dépit de mon optimisme entretenu et de la généreuse obligeance dont je pourrais faire preuve, si je les considère toutes comme les maillons d’une même chaine à ne pas rompre. Une chaîne où l’inquiétude, l’arrogance et la rancœur ne doivent plus coexister à côté de la prévenance, de la simplicité et du pardon.

Dans la définition du mot bonheur, en tant qu’état d’âme, des termes comme stress, anxiété, souffrance ou trouble sont absents. Travailler au désherbage de ces parasites du jardin des émotions est la clé d’une quiétude quotidienne.

Les personnes généreuses ont plus de sérotonine. C’est un fait, et les enfants le savent d’une façon spontanée mieux que personne lorsqu’ils éprouvent de la joie à partager et à donner leurs jouets. Accorder du temps, de l’amour, de l’attention, un sourire ou un conseil sont toutes de bonnes actions qui vont de pair avec le bien-être.

Offrir avant la demande, donner sans contrepartie, et recevoir sans se sentir endetté, apprivoisent l’amabilité : une méthode secrète pour inviter la gaité chez soi.

La satisfaction est une autre explication du bonheur, celui d’aimer ce qu’on a plutôt que d’avoir ce que l’on désire. Vivre simplement, au naturel, sans prétentions en gardant les bases et éliminant les superflus est un choix courageux qui permet d’estimer le peu qui entoure à sa juste valeur, en être conscient sans distractions, être pleinement présent sans faux semblant: Vivre mieux avec moins.

Par contre, une des recommandations formait à elle le dur rocher sur lequel s’écrasaient les vagues de mon océan en colère, et la difficulté de l’exercice tel que je le voyais, résidait dans l’impossibilité d’aspirer à l’agréable état de plénitude seulement avec les autres rames.

Elle stipulait que nonobstant des torts, tu ne haïras personne !

C’est là où je bloquais.

Scientifiquement, on a démontré que les ressentiments peuvent être source d’inquiétude et de frustration. Que les émotions négatives longtemps refoulées engendrent des maladies physiques avec le même degré de gravité que de celles psychiques, si ce n’est plus.

Je suis consciente aussi que la spiritualité nourrit en grande partie le feu du bien-être et le prémunit des pirouettes de la vie. Le mot Tristesse n’existant dans le Coran qu’une seule fois pour le contredire.

Mais ça serait en appeler à ce qui est plus fort que moi, à des capacités dont je suis dépourvue. J’avoue que je ne suis pas encore arrivée à avoir le cœur pur et innocent et l’amertume occupe plusieurs de ces compartiments.

Si on poétise sur le sujet, le voyage – celui que Philippe Noiret voudrait qu’on le fasse en première classe- est trop court pour alourdir les pensées d’une rancune excessive et gâcher le plaisir. Sauf que je suis incapable de pardonner les cruautés à peine d’être privée du salut.

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