Confidences à Allah


Read / vendredi, juin 29th, 2018

Pour un premier roman, je dis Bravo !

Je me vois converser avec la romancière et l’en féliciter, même dix ans après sa parution. Pourtant j’avais lu Bilqiss, et quoique traitant de la condition féminine, se révoltant contre les dogmes religieux et les interprétations auxquelles se livrent des personnes à leur guise pour asseoir leur domination patriarcale où la culture du haram est prédominante sur ce qui est permis, et la crainte de Dieu aveugle sur Sa Clémence, c’est ce petit volume de 127 pages qui m’a le plus secouée ; et pour sa force et son intensité, je tire mon chapeau avec le plus grand respect à Saphia Azzeddine !

En aucun moment blasphématoire, là à l’instant, à peine mis de côté, j’ai envie de le relire.

Se lisant super facilement, ce monologue frénétique avec Allah est un long message d’amour. D’amour profond envers Dieu, Le Seul Allié, Ami, Confident de Jbara, originaire de Tafafilt, dont le sort a été scellé dès la naissance… ou par la naissance. Même dans ses moments les plus noirs. Encore plus dans ses moments de chute, parce qu’elle au moins, se prostituant de corps sans y mettre le cœur, elle ne L’a jamais culpabilisé, ne L’a jamais pris témoin de sa misère :

Je déteste la culpabilité et encore plus celle qu’on T’impose sous couvert de Toi le Grand. Jamais je ne Te culpabiliserai, Allah. Jamais. Moi je T’aime et pas parce que je Te crains. Parce que T’aime, un point c’est tout. Sinon ce n’est pas de l’amour, c’est un contrat. Moi je T’aime. Je ne sais pas si je Te crains. Je ne sais pas si c’est vraiment important au fond. L’amour c’est mieux. Tu ne m’as jamais abandonnée. Ou un peu. Mais c’était pour que je trouve mon chemin toute seule. Je vais le chercher comme une grande. Merci, Allah. Je suis épuisée, pardon, c’est décousu. P. 81

Dès la première page, la couleur est annoncée de but en blanc, crûment. A quoi bon enjoliver ce qui n’est point joli ?

Jbara est une jeune montagnarde qui ne connait de la vie que la tente qu’elle habite avec sa famille, au fin fond de l’Atlas marocain, les brebis qu’elle garde, le car de touristes qui passe à côté vers la grande ville fantasmée, et le Raibi Jamila qu’elle savoure alors qu’on abusait d’elle sexuellement.

Son départ vers l’inconnu, elle ne l’avait pas choisi, pourtant dans ses longues conversations avec Dieu, elle demandait que quelque chose lui arrive. Une valise rose signée J’adore Dior fut son passeport.

Très à l’aise dans sa satire où suinte l’humour avec performance, Saphia Azzeddine nous renvoie la réalité hideuse de la jeunesse en pleine face, sans omettre d’y incruster des appels au changement. Elle est très en colère, révoltée (elle ou la protagoniste, l’une est le porte-parole de l’autre) et pour ça, je ne regrette pas de ne l’avoir pas lu, aussitôt acheté il y a 5 ans. J’aurais été moins sensible à tous les sujets qui prennent plus d’ampleur qu’à l’heure actuelle.

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