Crime d’honneur

Crime d’honneur

Quand un écrivain représente une marque de garantie, tu peux prendre ses livres les yeux fermés. C’est toujours le cas avec les romans d’Elif Shafak qui transportent chaque fois vers de nouveaux horizons (en remontant la mémoire aussi), font découvrir de nouvelles cultures et relancent certainement de nouvelles polémiques.

Best-seller turque, âgée de 47 ans, luttant dans la vraie vie contre toute xénophobie, elle utilise la fiction pour livrer ses combats ; parce qu’elle se doit, « en tant qu’écrivaine, de construire des ponts entre Soi et l’Autre… aucune culture ne peut prospérer en s’isolant » (Interview Euronews).

Racisme, immigration, différences entre générations, sont des thèmes chers à l’écrivaine et qu’on retrouve, entre autres, ici dans Crime d’honneur, dont la toile de fond est un matricide (vous le devinez, pour l’honneur). La condition de la femme, dans certains pays du tiers-monde, depuis la naissance est fortement discutée également entre ses pages.

« jusque-là, il avait davantage considéré l’état de son frère comme une calamité que comme un vice. Le jeu était une maladie de la pire espèce, mais dilapider son argent pour une danseuse, une femme en tout point semblable à celles qui posaient dans les magazines, c’était pire encore. […] quand un homme néglige son foyer à ce point, toute la famille risque de dérailler. Afin de s’assurer que cela n’arriverait pas, Tariq devait surveiller de près Pembe et les enfants. Ils portaient le même nom de famille. Toute disgrâce tombant sur un d’entre eux apporterait la honte sur lui, l’ainé des Toprak. Leur honneur était son honneur ». P 230

Paru en 2013, ce roman est d’une construction narrative tellement captivante que tu ressens le besoin d’y retourner rapidement une fois mis de côté. Fidèle à elle-même la romancière présente des récits croisés (comme dans La Bâtarde d’Istanbul), racontés sur 3 générations, depuis 1945 dans un village kurde près de l’Euphrate jusqu’en 1992 à Londres, en passant par Istanbul et Abu Dhabi.

Pembe est mère de trois enfants, Iskender, Esma et Yunus. Quand son mari quitte le foyer pour aller s’installer avec une autre, c’est sur l’aîné que succombe la responsabilité de remplacer l’homme dans le foyer. « Découvrant » que sa mère fréquente un étranger, Iskender croit agir pour sauver l’honneur de la famille. Sa soeur Esma, raconte son histoire pour empêcher qu’elle ne tombe dans l’oubli.

Chaque chapitre (titrés) est la pièce du puzzle qui vient compléter le récit sous l’angle de vue d’un personnage : L’histoire de chacun n’est qu’un maillon d’une chaine de l’histoire familiale regorgeant de secrets et de non-dits, de vices et de passions. Se servant de son don de « merveilleuse conteuse », on voyage dans le temps et l’espace (Cf, Soufi mon amour), pour présenter ce drame familial presque délicieusement raconté sous la plume d’Elif Shafak.

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