Dom Juan


Read / vendredi, avril 19th, 2019

A quoi pensez-vous lorsque l’on évoque Dom Juan ?

Certainement à un séducteur sans scrupules, dont le rêve est de pouvoir aimer et posséder toutes les femmes.

Cependant, ce personnage légendaire, porte plus d’un visage cruel, tout aussi méprisable l’un que l’autre : Libertinage, impiété, blasphème, athéisme jusqu’à l’hypocrisie. Insolent à l’égard de son père, insensible devant les larmes d’une femme trompée, refusant la conversion devant les miracles, il n’a d’oreille ni pour la morale ni les remontrances, voici bien l’exemple du « grand seigneur méchant homme » que met en scène Molière le 15 février 1665 au Théâtre du Palais Royal.

L’analyse présente la vie de Dom Juan telle une vraie solitude en dépit de ses innombrables conquêtes : les femmes sont interchangeables et une fois l’une d’elles est prise par le miroir aux alouettes, il pense déjà à la quitter et chercher ailleurs d’autres plaisirs doux. A la recherche de l’amour, il est incapable d’aimer. Or, cet aspect libertin n’est que la toile sur laquelle Molière tisse toutes les intrigues de sa comédie, dénoncée virulemment à la sortie comme étant une « école d’athéisme ouverte ».

En effet, la pièce, en cinq actes, mise en œuvre hâtivement après le placet adressé au Roi au sujet de l’interdiction au grand public de Tartuffe (une  autre  pièce  provocante), est perçue comme l’instrument de vengeance contre des hommes de la haute noblesse soutenue par Louis XIV.

Apprenez enfin qu’un gentilhomme qui vit mal est un monstre dans la nature, que la vertu est le premier titre de noblesse, que je regarde bien moins au nom qu’on signe qu’aux actions qu’on fait, et que je ferais plus d’état du fils d’un crocheteur qui serait honnête homme que du fils d’un monarque qui vivrait comme vous. Acte IV, scène IV.

Dom Juan fut retirée également après La première et ne fut jamais rejouée du vivant de son auteur.

Personnellement, cette lecture m’a replongée combien d’années en arrière, à l’époque où je faisais mes fiches de lecture littéraires de ces classiques français. L’analyse des annexes, de la chronologie et de la préface enrichissante de Georges Couton, un grand spécialiste du XVIIe siècle français, m’ont ravie au même titre que la prose elle-même.

Nécessitant incontestablement une double lecture, 1) selon si le public cible fut simple ou plus avisé ; et 2) si Molière, jouant le personnage Sganarelle, le valet, suivant son maître par peur et parce qu’il n’a pas été payé, affichait ses intimes pensées, ou ce qu’il était coutume de penser ?

On ignore presque si l’on devrait lui reprocher de faire monter sur scène des portraits aussi détestable pour servir la satire ou pour faire l’éloge des vices à la mode : l’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour des vertus (Acte V, scène II). Dom Juan est bien cynique, mais la société qui l’y autorise en est bien responsable aussi.

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