My World To You

Verba volant…Scriba manent… Faire parler son stylo ou son clavier, c’est s’extérioriser…

Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage

Figure emblématique de la littérature afro-américaine, Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, a raconté le parcours exceptionnel qui était sa vie dans plusieurs volumes.

Publié en 1969, Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage est sa première autoiographie où elle explore des sujets propres à l’Amérique post-esclavagiste durant les années 30-40. Si la servitude est abolie, la ségrégation raciale, l’inégalité et l’absence de liberté sont encore d’usage courants.

Dans ce récit Maya Angelou raconte son enfance depuis l’âge de 3 ans, quand, leurs parents devant divorcer, elle est envoyée avec son frère Bailey depuis Saint Louis où ils étaient nés, à Stamps pour vivre chez Momma, une grande mère noire originaire du sud et ultra religieuse. Elle était également la seule noire de la ville détenant des terrains où vivent des blancs et un commerce alors que la plupart des hommes travaillaient dans les champs de cotons et les femmes étaient cuisinières ou femmes de ménage.

Comme ce devait être exaspérant que d’être né avec des aspirations de grandeur dans un champ de coton ! P. 278

Ballottée en permanence entre l’Arkansas et la Californie, l’écrivaine met en relief certains épisodes ont marqué à jamais la vie d’une petite fille et forgé sa personnalité. Sans aucune présence patriarcale, plusieurs femmes ont influencé son parcours et contribué à révéler sa force de caractère et son militantisme. Abandon, viol, crise financière, humiliations, première noire à fréquenter une école privée et à travailler sur un tramway à San Francisco, sont toutes des situations qui ont façonné la vision de cette future activiste.

Dans un style fin, ironique et révolutionnaire, elle ouvre les portes devant la mémoire collective d’un peuple qui peine à appartenir à une nation d’entre les deux guerres où la haine raciale sévit encore et le combat de dignité et d’égalité est livré chaque jour.

Ses propos percutants et audacieux (en témoignent mes nombreuses notes sur pratiquement tous les chapitres) traduisent sa quête acharnée d’identité en tant que noire, que femme, et en tant que femme noire.

Quelle horreur d’être noire et de n’avoir aucun contrôle sur ma vie. Quelle cruauté que d’être jeune et déjà dressée à rester assise en silence pour écouter des accusations portées contre ma race sans aucune chance de les repousser. Nous aurions dû tous être morts. Tous crevés, me disais je, en tas les uns sur les autres. Une pyramide de chair avec les Blancs formant la grande base, puis les Indiens avec leurs tomahawks, leurs teepees, leurs wigwams et leurs traités crétins, et les Nègres avec leurs serpillières, leurs recettes de cuisine et leurs spirituals leurs sortant par les trous du nez. P. 218

Ce roman initiatique se ferme sur une Maya, maman à l’âge de dix-sept ans, ce qui donne vraiment envie de découvrir la vie de cette femme exceptionnelle à travers ses romans autobiographiques qui ont suivi.

Si le titre n’a pas de signification explicite à travers les 343 pages, il en retrouve dans la dédicace à son fils, Guy, et à tous ces grands oiseaux noirs prometteurs qui, à mon sens, chantent dans leur cage (un contexte raciste), la chanson de la liberté et de l’égalité, comme dans l’Hymne National Noir, des droits qui leur ont été longtemps refusés.

Safaa White

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Revenir en haut de page