La Bâtarde d’Istanbul


Read / dimanche, novembre 24th, 2013

Décidément la plume contemporaine d’Elif Shafak se révèle une vraie marque déposée de qualité, et jointe à une préface d’Amin Maalouf, La Bâtarde d’Istanbul est un beau succès littéraire.

La bâtarde d’Istanbul est une œuvre multiculturelle offrant des ingrédients soigneusement mélangés pour le plaisir autant de l’œil que de la bouche. Déjà à la lecture du quatrième de la couverture nous apprenons qu’il est question d’un retour aux origines. Or, le vrai voyage du personnage américain-arménien ne débute que vers la moitié du livre, précédé d’une longue mais nullement lassante entrée en la matière (au total 18 chapitres aux thèmes culinaires) et un berçant va et vient entre Istanbul, Arizona ou San Francisco.

Cependant, une telle virée vers un pays aux multiples cultures n’est pas parfaitement touristique ; La Turquie, coincée entre deux continents, a tout aussi des zones d’ombre héritées de ses ancêtres. Probablement pour l’auteur le saut dans le futur ne se fait pas sans trainer avec le passé et pour faire une omelette il faut bien casser des œufs. Avec de telles convictions, elle n’hésite pas à prendre de gros risques en soulevant des non-dits et déterrant bien de vérités.

Accusée de tenir des propos insultant « l’identité nationale », l’auteur, dans une langue sincère et émotive et sans réellement prendre de position, remonte l’Histoire et pioche dans les mémoires (arméniennes) des dates d’une si grande importance pour toute la communauté. On décrit enlèvements, génocide, déportation, etc. Chargé d’éléments culturels, historiques et religieux mais jamais over dosés, beaucoup d’engagés trouveront dans le livre plus qu’un roman de fiction.

On est invité dans une maison turque où chacun (chacune) est parachuté d’un monde à part, pourtant, à l’image cosmopolite du pays, elles cohabitent.  Les détails dont se forme l’histoire sont les pièces du puzzle quotidien de la famille. L’arrivée d’une étrangère qui cherche à apprendre leur apprendrait en premier comment le sort, les malheurs, le passé et même le futur de familles peuvent facilement être croisés. Shafak, sait manier les mots à l’instar de ses personnages qui concoctent avec plaisir des plats parfumés à la cannelle, aux amandes, aux pistaches et noisettes, toutes des arômes reliant la Turquie beaucoup plus à l’Orient qu’à l’Occident.

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