La nuit sacrée


Reading / lundi, avril 30th, 2018

Généralement, en lecture, je me révolte quand il s’agit de messages erronés sur la religion ou la nation. Ici, il était plutôt questions des deux : l’auteur s’arme d’une plume indignéesubtile et poétique pour stigmatiser des pratiques sociales largement répandues ; critiquer et dénigrer les dérives contre-nature et contre l’islam, au sein d’une société marocaine baignée dans ses tabous, son ignorance, sa dualité de discours et notamment ses frustrations sexuelles… parce qu’ici tout est question de sexe.

Depuis la narratrice, née fille (8ème enfant d’une fratrie/fatalité féminine) et présenté au monde dans le mensonge comme l’héritier mâle que l’on confisque dans son sexe, l’on circoncise, l’on prive d’une enfance normale, jusqu’à sa mutilation par une excision, passant par le viol, les graffitis et les rêves au tour des appareils génitaux et les noms les désignant ou encore le soupçon de relations incestueuses…

Bref, le marocain est présenté ici comme celui qui en est affamé, ce qui me laisse dire que La Nuit Sacrée, trente après, s’inspirant de faits divers, traite probablement de sujets toujours d’actualité.

Le roman qui vaut à Tahar Ben Jelloun sa populaire célébrité, est un prolongement d’un récit déjà entamé dans L’Enfant de Sable (1985). Le texte commence déjà par un Rappelez-vous, alors que ne l’ayant pas lu, je n’avais rien à soutirer de ma mémoire de lectrice. Sauf qu’il est généreusement écrit, permettant d’être lu aisément à part. Quant au vouloir remonter le temps, ça relève d’une quête intellectuelle personnelle.

Le conte, où il n’est pas question de noms, mais plutôt d’adjectifs, reprend son cours, où le/la protagoniste récupère, la 27ème nuit de Ramadan, la nuit du destin, sa liberté et décide de raconter sa propre histoire, assumant entièrement, après 20 ans d’enfermement, son corps et sa condition de femme.

Comment lui dire que ma vie commençait, qu’un rideau épais avait été tiré sur une scène où les êtres et les objets étaient couverts de la même poussière, celle de l’oubli absolu ? Je luttais en silence, sans rien laisser apparaître, pour sortir une fois pour toutes de ce labyrinthe malsain. Je me battais contre la culpabilité, contre la religion, contre la morale, contre les choses qui menaçaient de resurgir, comme pour me compromettre, me salir, me trahir et démolir le peu que j’essayais de sauvegarder dans mon être. P.85

C’est aussi le deuxième roman marocain ayant obtenu le prix littéraire Goncourt que je lis, sans en être cette fois déçue, pour dire que les critères de sélection ont connu des changements depuis 1987 et dire aussi que de telles récompenses subjectives ne doivent aucunement statuer sur l’émotion d’un récit.

TBJ, âgé alors de 43 ans, a séduit par les thèmes abordés, mais aussi par l’agilité de son style sans pour autant troquer l’esthétique contre autre élément de l’histoire. Il prend le soin de tisser la toile de son conte « oriental » avec des fils tirés du réel et de l’onirique, des faits et des fabulations. Ça valsait naturellement entre les deux que la fin m’a laissée à ma faim : je ne distinguais plus dans quel monde on se retrouvait. La scène de clôture, à la lisière de la fantaisie, ne trouvait pas écho dans l’incipit où la narratrice a pris la parole pour la première fois.

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