L’couple et la crise de la soixantaine

L’couple et la crise de la soixantaine

La satire, c’est ce qu’il est de plus tranchant lorsqu’il s’agit de porter un coup, et de plus sauf pour dissimuler sa marque de culpabilité.

Ramadan, est généralement le mois où la télévision marocaine nous gave de programmes faits à la cocotte minute. Sauf que cette année c’était différent. Plusieurs en conviendront, le show de Hassan El Fad en duo avec Dounia Boutazout a connu un franc succès que j’oserais même appeler L’couple, l’émission en question, un phénomène. Car, pour réunir plus de 6 millions de téléspectateurs et le taux le plus élevé de l’audimat, il faut bien parler d’un phénomène dont l’existence n’est pas prête à être enterrée, grâce à des téléchargements de masse et des « quotes » venant illustrer nos phrases du quotidien.

Mais un tel triomphe ne se doit pas uniquement aux scènes épicées du vieux ménage, au détail du scénario ou du décor. Ces 30 mini épisodes, font passer à travers les trois minutes chacun, un message dont l’importance mériterait un petit arrêt. Tout en rappelant que le débat ne date pas d’hier, mais si avec l’humoriste N°1 au Maroc, il réapparaît sur la surface, c’est juste que les marocains ont eu assez du vomi télévisé ramadanesque que nous sortent les chaines locales chaque année.

La pièce théâtrale, العيال كبرت, jouée en 1979 et immortalisée jusqu’à nos jours, en témoigne. Et si les tirades de ses comédiens nous font toujours rire, c’est que ça traduit ce que nous palpons dans notre quotidien, ce que nous ressentons dans la société ; c’est-à-dire la réalité !

Certains épisodes sont parlants où, les comportements du sexagénaire Kabour (le personnage de la série) révèlent nettement des traits du déficit androgénique : période, échelonnée entre les 50 et 65 ans, où la personne n’est plus la même !

Passant le cap de la quarantaine, les défis d’une personne qui devient grand-parent ou au seuil de la retraite sont tout aussi délicats. S’inquiétant de tenir un « compte à rebours », ne voulant admettre son âge, on sent intimement son existence bouleversée.

La vieillesse physique est accompagnée d’une sécheresse spirituelle. D’où des changements d’humeurs et d’attitudes : Se déplaire pour des futilités, râler pour un tout et un rien, tenir un discours garni de considérations financières, rappeler constamment à l’ordre et faire des allusions au commandement, et notamment chercher estime hors du cocon familial, avec un presque mépris de la vie passée à deux depuis une trentaine d’années !

C’est un moment où l’on cherche à découvrir une deuxième jeunesse, des fois au prix de se contredire avec sa propre personne de toutes ces années !

Pour ceux qui ont lu l’article dans l’espoir qu’il soit hilarant à l’image dudit couple, se sont trompés, mais nullement déçus.

L’image que nous avons des touristes âgés visitant, main dans la main notre pays est probablement appelée à être légèrement modifiée : Les 60 ans n’est pas seulement le moment où l’on peut avoir un nouveau départ après la retraite, mais c’est aussi où on changerait carrément de partenaire ! Les chiffres actuels démontrent que plusieurs hommes sexagénaires, plus que les femmes, déclenchent une procédure du divorce.

C’est en effet, un moment de la vie qui ramène des épreuves à relever, pour une stabilité intérieure en prime abord, et celle du couple ensuite. Et sans conteste, nous ne pouvons y arriver sans vulgarisation : se faire un mode pour aller de l’avant, accepter son âge, admettre son passé afin de mieux vivre le restant de sa vie.  Il s’agirait en effet d’un art de vieillesse qu’il va falloir apprendre pour la vivre avec les moindres secousses !

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