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Verba volant…Scriba manent… Faire parler son stylo ou son clavier, c’est s’extérioriser…

Le pouvoir du pardon

Plus nous avançons dans la vie, plus nous mûrissons. Nous faisons des rencontres, nous expérimentons des choses, et nous changeons au cours du voyage. Notre regard sur le monde se transforme à chaque phase de conscience : nous sommes marqués par les distances parcourues.

Et le chemin de la paix intérieure n’est pas une route linéaire. Nous rencontrons des falaises qu’il faut escalader et des carrefours devant lesquels nous devons nous arrêter, réfléchir pour choisir vers où bifurquer.

Or, des fois, nous avons l’impression que notre vie n’évolue jamais. Soit à cause de la lourde dose de culpabilité que nous portons et qui nous empêche d’avancer, soit à cause du passé que nous ressassons, qui nous tire en arrière et nous fait tourner en rond.

Et c’est précisément ici que le pardon agit comme un moyen d’inviter la bienveillance à faire son chemin en nous, prendre le dessus et nous délester du poids du passé et pouvoir aller de l’avant.

L’expérience de la vie a démontré que les humains se portent préjudice à eux-mêmes et aux autres, et notre casier judiciaire social et spirituel est suffisamment lourd pour avoir besoin d’une telle bonté!

Définir. Différemment !

Les personnes qui trouvent cet acte difficile, voire surhumain, demandant beaucoup d’effort, , nourrissent certaines fausses idées et sont leurrées par ce qu’il n’est pas en réalité.

En effet, pardonner n’est pas oublier, n’est pas excuser, n’est pas chercher à comprendre, n’est pas renouer, ni se forcer.

Pardonner, ce n’est ni oublier ni effacer ; c’est renoncer, selon les cas, à punir ou à haïr, et même, parfois à juger. André Comte-Sponville

  1. Premièrement, celui qui pardonne doit le faire par volonté et libre choix. S’il n’est pas prêt, il ne sert à rien de le faire par la tête, parce qu’on le lui a demandé. Le pardon vient du cœur, graduellement, à notre propre rythme sans s’imposer.
  2. Pardonner ne signifie jamais excuser l’action de l’autre. Excuser sous-entend qu’on lui trouve des circonstances atténuantes, qu’on explique son comportement par sympathie, qu’on cherche à comprendre pourquoi il avait agi de telle ou telle façon.
  3. Pardonner ne veut pas dire oublier, mettre tout derrière son dos, ou encore ne rien ressentir en repensant à la violence, l’agressivité, le mensonge, la trahison ou quel que soit l’incident qui nous a offensé/blessé.
  4. On n’est pas obligé de dire à la personne qu’on la pardonne, de faire comme si tout est dorénavant parfait ou que l’on doit la garder dans sa vie. Une relation, ça se construit et la confiance se gagne et quand c’est trahi, c’est rompu, il est difficile de la regagner. Du coup, la réconciliation n’est pas systématique. Elle peut même ne pas être envisageable et c’est OK.
  5. Enfin, le pardon n’est pas une démission des droits, pas un acte de justice. On ne juge pas. C’est un acte de bienveillance et une démarche d’amour qui n’est pas orienté vers l’offenseur, qui ne conduira pas à le changer ou le réhabiliter.

La véritable indulgence consiste à comprendre et à pardonner les fautes qu’on ne serait pas capable de commettre. Victor Hugo

Alors c’est quoi ?

Cette dite démarche intérieure n’est pas quelque chose que nous faisons pour la personne qui nous a fait du tort, mais pour nous même – uniquement- dont l’objectif consiste à nous libérer et nous guérir.

Ne pas pardonner nourrit la rancune, et plusieurs dépressions viennent du fait que nous ne faisons pas face à nos blessures profondément enfouies. Plus le temps passe, plus nous avons l’impression que nous sommes passés par-dessus, et il suffit d’un souvenir, d’une rencontre, pour que le ressentiment s’installe et le mal de vivre reprend sa destruction.  

Donc, pardonner ce n’est pas oublier. C’est cicatriser.

Une blessure qui cicatrise ne fait plus mal. Elle est là, elle nous rappelle l’incident, sans plus nous faire souffrir.

Le pardon c’est ça. On pourra se souvenir de l’événement mais on n’aura plus de ressentiment intérieur. Le moment actuel n’est plus émotionnellement chargé comme au premier instant.

Pardonner c’est libérer un prisonnier et découvrir que ce prisonnier c’était vous. Lewis B. Smedes

Justement, lorsqu’on pardonne :

  1. On arrête de nous faire du mal pour ce que quelqu’un nous a fait : la double peine, celle d’avant et celle présente ;
  2. On accepte la réalité de ce qui s’est produit, notre incapacité d’en changer quelque chose et on apprend à vivre avec ;
  3. On trouve un moyen de vivre en paix- sans l’intensité des premières émotions- avec cet épisode blessant qu’on ne laisserait pas nous gâcher la vie ;
  4. On choisit d’aller de l’avant plutôt que rester tourné vers le passé ;
  5. On accepte notre humaine imperfection sans jugement ni culpabilité et on arrête d’être dur envers nous-mêmes ;
  6. On se libère de nos maux, nos rancunes, nos envies de vengeance qui nous détruisent à petit feu, et on laisse la vie opérer, sans broyer du noir ;
  7. On décide d’abandonner le rôle de la victime et de laisser aller : Même dans les situations difficiles, je garde confiance et je tire un trait sur ma mésaventure ;
  8. On souhaite remettre le compteur à zéro avec notre personne et vivre le moment présent où la personne/la situation n’est plus un sujet.

Le pardon fait fondre la glace de la colère et de la haine, qui deviennent compagnes, et qui empêchent la vie-rivière de courir et de suivre son chemin naturel. Alors que vivre dans la souffrance continue, nous embrouille et rend impossible la prise de recul, l’analyse objective de la situation et de ce qui en suivra (Ex : rompre tout contact ou renouer).

Changer son regard sur ce qui nous est arrivé à défaut de pouvoir changer ce qui nous est arrivé. Béatrice Voirin

Dans un registre religieux, le pardon n’est pas cité comme un conseil, plutôt une recommandation divine. Parce que Dieu, Le Miséricordieux, qui Aime les « pardonneurs », Sait combien nous avons besoin de son pouvoir libérateur.

Certains psychothérapeutes ont trouvé que des fois plus la blessure est grave et plus le pardon peut être un facteur utile pour retrouver sa liberté et son bien-être psychologique. (Béatrice Voirin)

Toutefois, pour les personnes qui n’y parviennent pas, il est essentiel de laisser passer la phase de catharsis. Le pardon est un processus graduel, nécessaire dans le travail sur soi, sur sa souffrance. Il ne s’agit pas de la nier, mais de la traiter en lui faisant face.

Mais il est essentiel pour avancer et se reconstruire, de reprendre sa vie en main et ne pas laisser les mauvaises ondes la guider. On va mieux, depuis le moment où on décide de nous décharger des mauvais sentiments : le cœur étant un réceptacle, n’est pas fait pour le vide. Il est plutôt préférable de libérer le passage pour accueillir la lumière plutôt que le laisser sombrer dans l’obscurité.

Safaa White

2 réflexions sur « Le pouvoir du pardon »

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