Le vieil homme et la mer

Le vieil homme et la mer

C’est le troisième Prix Nobel de Littérature que j’enchaîne, depuis Sa Majesté des Mouches et La Peste.

Des fois, l’œuvre littéraire en soi ne fait pas toujours l’unanimité auprès du public, pourtant cette prestigieuse reconnaissance récompense la carrière d’un écrivain en faisant « preuve d’un puissant idéal ».

A la manière d’un long monologue (qui marque la grande partie du récit), Ernest Hemingway brosse le portrait d’un vieux pêcheur cubain, pauvre et malchanceux, qui part seul, loin dans l’océan chercher « le poisson » qui lui redonnera ses lettres de noblesse. Un magnifique et gigantesque marlin mord à l’hameçon et entraîne la chaloupe loin des côtes, pendant 3 jours et 2 nuits sans s’épuiser et sans que le vieil homme n’abandonne son combat de dignité. Le héros finit par remporter le duel mais il est encore tôt de crier victoire avant d’avoir les pieds sur la terre ferme, littéralement. Belle qu’elle fût sa prise, il rentre au port avec la carcasse sans chair comme ultime preuve de sa fortune, après que des requins s’attaquent tout le chemin du retour à sa proie.

Considéré comme l’un des plus grands livres de la littérature américaine, ce court roman faisant 149 pages, vu des fois comme une nouvelle, a été doublement couronné du Prix Pulitzer en 1953 et du Prix Nobel de Littérature en 1954. Ernest Hemingway ayant démontré dans ses publications sa maîtrise de l’art du récit et exercé de l’influence sur le style contemporain.

Faut jamais désespérer, pensa-t-il. C’est idiot. Sans compter que c’est un péché, je crois bien. Bah! pense pas au péché. T’as assez de soucis comme ça dans ce moment sans te mettre à penser au péché! P. 147

En effet, on retrouve bien ses marques de récit marqué par l’économie, en matière de superflu et d’émotivité. Les combats que mènent le vieux pêcheur, contre la pauvreté, la malchance, le regard de ses semblables et encore dans la mer, contre la fatigue, la faim, la force du poisson et la perniciosité des requins, sont décrits sans sentiments, sans style superflu.

Pleinement plongé dans le registre marin, le lecteur regarde les choses de l’œil du pêcheur pour qui un poisson est un poisson, les parties de son bateau sont du « bois », son compagnon est « le garçon », par de simple juxtaposition de gestes et de faits, usant des répétitions jusqu’à la monotonie, l’écrivain américain s’efforce de ne dire que ce que le pêcheur voit et ressent, avec ses mots, comme l’analyse le traducteur Philippe Jaworski dans sa préface.

La vie est simple quand on a perdu, pensa-t-il. Je n’aurais jamais cru qu’elle était si simple. Est qu’est ce qui t’a fait perdre ? pensa-t-il. « Rien, dit-il à haute voix. Je suis allé trop loin ».  P.130

Cependant, la morale, telle qu’il la veut, est pleine de sagesse et symbolique. C’est l’histoire du respect, de l’amour, de la fierté, de la reconnaissance juvénile, du courage humain face à la nature et à la vie entière. Même si les gens peuvent se méprendre sur la vérité de nos actions, l’homme doit affronter les aléas de la vie, ses charognards compris, avec bravoure et héroïsme, sans désespérer.

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