L’entreprise et son mouvement. « Libérons les énergies »

L’entreprise et son mouvement. « Libérons les énergies »

Ça n’arrive pas tous les jours de lire un livre sur l’entreprise où l’on travaille. Et pourtant, c’est le 2ème dans la matière que publie Pascal Croset dans le but de rendre compte d’une mutation « inédite » s’opérant au sein du Groupe Office Chérifien des Phosphates. Le premier ouvrage, L’Ambition au cœur de la transformation, est paru en 2013 et distingué du prix Fondation Manpower-Groupe HEC du livre en management de l’année.

A la veille de ses –premiers- cent ans, l’OCP jouit d’une confortable position de leader mondial. Mais au lieu de dormir sur ses lauriers, M. Mostafa Terrab, nourrit l’ambition d’engager un processus des plus audacieux dans l’histoire du groupe dont il est le PDG depuis 2006 : une transformation managériale.

Pascal Croset, consultant en management et organisation, met entre nos mains le récit inspirant de ce qu’il a côtoyé pendant une année au jour le jour. Une passionnante aventure est relatée dans cet ouvrage (2017) qui ne présente d’ailleurs pas de méthode – de surcroît, rien n’est explicitement révélé sur les actions créatrices de valeurs proposées (nommées Situations).

Il s’agit plus de l’évolution d’un projet sans cahier des charges ni stratégie préétablie, ni calendrier, plutôt une volonté commune, définie autour de trois leviers : faire de l’OCP, une entreprise de taille mondiale, à fort développement digital avec des collaborateurs apprenants. Une dynamique managériale en perpétuel mouvement, baptisée en l’occurrence Le Mouvement.

D’où vient ce mouvement ? d’un constat, d’un jugement, d’une volonté et d’une conviction. Constat d’un monde toujours en mouvement, créant pour le groupe OCP à la fois des risques et des opportunités. Ce constat se prolonge d’un jugement : celui d’une forme d’incapacité de cette même entreprise à mobiliser suffisamment l’incroyable potentiel qui est le sien et donc à saisir pleinement les opportunités qui s’ouvrent. S’expriment alors la volonté et l’ambition de faire émerger un nouveau modèle d’entreprise capable de valoriser ce potentiel, prioritairement constitué des femmes et des hommes du groupe. Enfin, une conviction : seul un mouvement de libération des énergies et des initiatives va pouvoir faire émerger ce modèle, dont l’intelligence collective doit être le moteur. P.103

Ce Mouvement mène de manière subtile une intention venue du haut qui cherche à faire émerger le maximum d’initiatives, c’est-à-dire libérer l’énergie provenant des collaborateurs qui s’auto-organisent pour proposer toutes formes d’intentions, favorables à toutes invention et innovation émergentes en interne, et construites à partir de l’aval. Les femmes et les hommes étant « artisans maîtres » de leurs outils et sachant le mieux ce qu’ils vivent.

Une culture home made

Libérer leurs énergies, c’est donner aux collaborateurs une possibilité d’expression et de décision renouvelée. C’est renouveler le style de management vers un management libéré, garant d’un épanouissement au travail en réalisant de la performance. Donner aux gens la possibilité de changer eux-mêmes les pratiques infructueuses et prendre part à la prise des 1000 décisions qui se prennent par jour serait, à y croire les retombées, le futur de toute entreprise. Si ce n’est pas ça le rêve (redonner goût au travail) pour contrecarrer les frustrations des course-poursuite quotidiennes sans savoir réellement où verse l’effort de chacun !

Le droit de la critique qui découle de ma découverte livresque, que je trouve pour l’occasion agréable à la différence de la plupart des ouvrages de management, me permet la latitude d’annoncer que la vision paraissait si claire, les valeurs me parlaient, la Niya est plus que sincère ; pourtant c’est la traduction sur le terrain qui m’échappait, et l’impact positif des énergies fédérées demeure à la limite de l’entendu dire.

Cela est certainement dû à deux facteurs : 1) je ne fais pas partie des 4000 personnes impliquées directement dans le processus (nous sommes près de 23 000 collaborateurs) même si notre métier (Le Contrôle de gestion) est celui qui a donné à ce voyage son premier animateur ; 2) à la persistance des vieilles pratiques dans le plus ancien site du groupe. Sauf que c’est appelé à changer. La dynamique est en marche et la machine est lancée et après les premiers succès, la libération des énergies doit comme l’a dit l’un des directeurs « concerner et toucher tout le monde ».

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