Léon L’Africain


Read / mercredi, novembre 2nd, 2016

Depuis Néfertiti (et à l’exception de Cristallisation secrète) j’ai enchainé les lectures historiques, avec des personnages de l’histoire et je n’en suis que ravie, satisfaite et mieux, me sentant pleinement dans mon élément.

Si l’écrit est fortement présent dans les œuvres de Maalouf, c’est en se penchant sur la Description de l’Afrique, archivée précieusement au Vatican, qu’il tisse la toile d’une biographie imaginaire « partant d’une histoire vraie » d’Hassan El Wazzan El Gharnati, plus connu sous le nom de Léon L’Africain. Premier roman de ce romancier et conteur hors pair qui lui valait au bout de quelques semaines une renommée mondiale.

En effet, cet ouvrage paru en mars 1550 à Venise a été la condensation des aventures de ce grand voyageur qui suite à la demande de ses protecteurs à Rome, les Médicis, élabore une description détaillée des confins de la Méditerranée jusqu’aux royaumes du Sahel, tous des pays méconnus des européens et qui demeure pendant plus de trois siècles le seul traité méthodique de géographie du Maghreb et des contrées sub-sahariennes qu’il a eu l’occasion de parcourir de part en part durant ses voyages, en tant qu’ambassadeur ou négociant ; lui qui pourtant ne reconnait, sous la plume fascinante et romanesque de l’auteur franco-libanais, appartenir ni à l’Afrique, ni à l’Europe ni à l’Asie, mais fils des caravanes. Etrange et unique destin pour cet homme, circoncis de la main d’un barbier [à Grenade, sa ville natale] et baptisé de la main d’un pape [Léon X], qui partout où il va témoigne de chutes et de naissances, assiste à des révoltes et des massacres, s’engage malgré lui à des conquêtes et expansions. Tels étaient les feux qui ravageaient le XVIe siècle et qu’en les fuyant, marquaient les jalons d’un périple qui a duré quarante ans de Jean-Léon L’africain, un nom qu’il préférait apprivoiser en le contournant : Yohanna El Assad.

Né à Grenade quelques années avant sa Reconquête par les rois d’Espagne, il prend refuge religieux à Fès avec sa famille où il fait ses études dans ses Médersas et fait son premier voyage aux côtés de son oncle pour Tombouctou, pour se lancer après sur la route du commerce. Il sillonne la méditerranée et s’installe au Caire à l’époque des derniers Mamelouks quand la Providence l’envoie à nouveau à l’exil. C’est en rentrant de son pèlerinage que des pirates siciliens l’enlèvent et le présentent comme butin au Pape Léon X, à Rome, où il voit sceller son destin à de nouveaux séismes religieux à l’époque de la Renaissance Européenne.

Entre l’Andalousie que j’ai quittée et le Paradis qui m’est promis, la vie n’est qu’une traversée ; je ne vais nulle part, je ne convoite rien, je ne m’accroche à rien, je fais confiance à ma passion de vivre, à mon instinct de bonheur, ainsi qu’à la Providence.

Sous forme de chronique adressée à son fils et faite autour de 4 livres (Grenade où demeure son innocence, Fès qui connait sa fortune, Le Caire qui accompagne ses passions et Rome où grandit sa sagesse), Amin Maalouf, auteur de Samarcande et du Périple de Baldassare, prête à ce géographe, diplomate et poète des phrases qu’il aurait bien prononcées avec la fluidité qui concilie passé et futur d’une narration, rupture et continuité d’un fait.

Un personnage dont le portrait s’est enrichi à chaque changement de patrie, de langue, d’identité, de nom et de religion même, et qui allie à son compte toutes les bonnes raisons pour le représenter à l’écran comme le pense le cinéaste Abderrahmane Sissako après avoir étudié la présente œuvre qui pourrait se dévorer facilement en une seule traite.

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