Les Frères Karamazov


Reading / mardi, avril 3rd, 2018

Ça y est !

Maintenant, je fais partie des personnes ayant lu cette œuvre majeure de la littérature universelle et je dois m’en féliciter.

Récit des plus imposants, en matière de volumes et de rebondissements, le génie* des frères Karamazov (1880) fait autour de 12 livres en 2 tomes (respectivement de 540 et 674 pages) ne me ménageait pas et je devais à chaque fois reprendre mon souffle littéraire de lecteur alors qu’il ne semblait en aucun moment en manquer.

C’est vrai qu’en terme d’émotions, l’histoire n’est pas des plus séduisantes, mais rien que réussir le pari de lire un ouvrage alambiqué, difficile à dénouer, notamment quand tous les sujets n’accrochent pas au même degré d’intensité, fait triompher une lecture jusqu’au-boutiste de qualité d’une autre légère et accessible.

Ici, Fiodor Dostoïevski (1821-1881) maître du suspense et du roman policier fait de sa dernière œuvre son œuvre (philosophique) la plus aboutie de tous les temps. A l’image de tous les russes, et probablement d’états d’âme et de l’évolution psychologique de l’auteur lui-même, il met de l’avant des personnages à caractères opposés, rivaux mais qui cohabitent.

Chaque figure est la porte-parole, le porte-fardeau d’une classe sociale, défenseure d’une idée. Aucun des personnages n’est gratuitement ou vainement inventé, même ceux de second plan. Tous sont la voix des courants de pensées exprimés dans la Russie de Dostoïevski – ces protagonistes qu’il se permet de désigner tantôt par leurs noms, tantôt et sans préavis par leurs diminutifs, mettant à la sellette le lecteur non aguerri à la culture russe.

 

…il s’intéressait assez vivement à l’affaire Karamazov, mais dans un sens purement général : en tant que phénomène classé, envisagé comme la résultante de notre régime social, comme une caractéristique de la mentalité russe, etc. p 504, tome 2

 

La fratrie Karamazov est accablée par le sort d’être les fils d’un vil vieillard, qui se permet toutes les débauches en clamant « périsse le monde pourvu que je me retrouve bien, moi seul ». Un individu ignoble dont on n’attend que le meurtre, un parricide qui qui n’advient qu’au 8ème livre, sans même s’en émouvoir.

Dimitri, l’aîné, est un lieutenant à la retraite. Abandonné par les deux parents, il est élevé par le domestique. Décrit comme un personnage téméraire, têtu, impatient et noceur, mais intérieurement noble et honnête. Au moment où se déroule le procès, il recueille contre lui tous les témoignages négatifs par ses relations déplorables avec les autres.

Ivan, est le personnage mystérieux du roman. Il est décrit comme l’homme intelligent, érudit, révolté, chez qui alternent les périodes de foi profonde avec le scepticisme. On le reconnait dans la formulation « S’il n’y a pas de Dieu, tout est permis », en soutenant les convictions athées et les appels au nihilisme moral. Entouré d’énigme, son âme est torturée au point d’imaginer un discours avec le Christ (Le Grand Inquisiteur, Tome 1), et dialoguer avec le Diable (Tome 2).

Alioucha, est un adolescent différent de la jeunesse avide de désordre de son époque. Pieux et modeste, ce fils cadet, a un grand cœur si réconciliant, que presque tous les personnages le retrouvent pour se confier. Disciple d’un grand starets, capable de sentir la souffrance des autres, de répondre à leur confiance, de les aimer inconditionnellement, il est là pour servir.

Probablement pour servir un thème qui lui est cher, celui de l’enfant trouvé, Dostoïevski crée le personnage épileptique, foncièrement triste et ingrat de Smerdiakov, fils illégitime de Fiodor Karamazov, dont la présence est nécessaire pour compléter le puzzle panoramique, humain et social de l’époque.

Reconnu comme le peintre des misérables, notamment des enfants (très présents ici) qui sontl’image de l’humanité souffrante et le symbole de la nécessité de changements dans la structure sociale, l’autour tisse la toile des mœurs de son époque auteur de ces 4+1 portraits, où pratiquement et au final, personne n’est à blâmer ; avant de clore son travail sur un beau discours d’espoir.

 

 

*Un génie auquel je ne pense pas survivre une prochaine fois, que Les Possédés ne seront (malheureusement) pas lus!

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