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Verba volant…Scriba manent… Faire parler son stylo ou son clavier, c’est s’extérioriser…

Les morts ont tous la même peau

Ce livre je ne me rappelle même pas comment il s’est trouvé dans ma bibliothèque (une version très vieille avec des papiers jaunis et une couverture vintage) mais pour faire une pause de genre littéraire, je cherchais quelque chose pour la soirée. J’ignorais que ce roman de 167 pages se lisait tout seul et d’une seule traite. Ça dépassait largement mes envies de lectrice boulimique !

Il s’agit d’un 2ème roman sombre écrit par Boris Vian et édité sous le pseudonyme Vernon Sullivan, dont il se proclame le traducteur. Ses livres étant censurés en France (Actuellement font partie des classiques) et dans sa carrière il avait recours à plusieurs pseudonymes.

Ce polar publié en 1948, violent et érotique, est une riposte à l’attaque en justice de son premier roman signé Sullivan, J’irais cracher sur vos tombes, qui est une dénonciation du racisme et la discrimination dont les noirs américains étaient victime dans le Sud.

Ici, il met en scène Dan Parker, videur dans une boite de nuit new-yorkaise dans une Amérique des années 40. Etre un sang-mêlé, un noir de peau claire, passant pour un blanc pour sa famille, ses collègues pendant toute son existence assouvissait ses pulsions de violence et de sexe pour venger ses origines métisses, mais aussi l’occasion de rêver d’un avenir meilleur pour son fils, blanc, dans un pays où la couleur de la peau était (et est toujours malheureusement!) est une façon de juger les gens et les punir. L’apparition de son frère Richard, un maître chanteur, de peau noire, chamboule sa vie et l’entraîne dans une spirale d’événements qui causeront sa perte.

J’ai eu peur très longtemps, j’ai cru qu’ils me poursuivaient. Je leur ai tapé sur la gueule pendant des années – jusqu’à m’en dégoûter. Je m’étonnais de me trouver bien avec eux, de me sentir pareil à eux. Je me suis souvenu de ce qu’un camarade noir l’avait répondu un jour, à l’école. J’étais fier d’être blanc. Je lui ai dit : « quel effet ça fait d’être noir ? ». je sais, il a eu l’air étonné et un peu honteux, et un peu meurtri. Il a failli pleurer et il a dit : « ça ne fait pas d’effet, Dan, tu le sais bien » et je l’ai frappé, sa lèvre saignait, et il ouvrait ses yeux sans comprendre. J’ai eu tellement peur, au début, quand ils ont commencé à me traiter comme un blanc. J’avais fait un coup d’audace, aussi, en allant travailler là – et ils ne m’ont rien demandé- et ça s’est fait petit à petit – et je voulais tout de même me venger d’eux – ils ont une odeur, disent les blancs – et j’étais fier, parce que je n’avais pas d’odeur.

Si dans J’irais cracher sur vos tombes la sexualité est ce qui permet l’existence du personnage central et l’anime (S’il n’y avait pas de rapports sexuels entre les Blancs et les Noirs, il n’y aurait pas de métis, il n’y aurait pas de problème. Donc si on traite d’un autre point de vue, on est malhonnête. Disait-il), l’outil de vengeance pour transgresser les règles imposées par la ségrégation, dans Les morts ont tous la même peau, c’est la sexualité qui révèle à Dan Parker sa vraie identité, celle qui l’a toujours voulu nier en se complaisant dans un monde qui n’est pas le sien. Ne sachant plus comment se considérer lui même, taraudé par une quête identitaire, à partir de maintenant il ne pourra désirer que des négresses.

Plein de rebondissements et une fin que personne ne venait venir, le roman est une courte lecture perturbante!

Safaa White

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