L’étrange voyage de Monsieur Daldry

C’est la première fois que je redoute la fin d’un livre. Je n’avais nullement envie de ralentir ma lecture, le suspens s’est éternisé jusqu’à la fin des 350 pages, je voulais aller au bout de cette histoire captivante, et pourtant le restant des pages s’amincissant prédisait la fin de mon aventure.

J’ai toujours repoussé ma découverte des écrivains à plume facile, prolifiques, ceux qui à l’image de Guillaume Musso publient presque un livre par an, et avec un avis internaute négatif à l’appui, remettant en cause l’authenticité de leurs travaux, ma susceptibilité ne faisait que grandir. Avouer que ce premier Marc Levy avait le mérite de me faire connaitre un génie qui m’a laissé dubitative pour longtemps, serait peu dire. Il se pourrait que j’aie eu aussi la chance de tomber sur l’un de ses meilleurs romans, en tout cas, c’était la vue de la Tour génoise de Galata et le chapeau feutré d’une femme qui ont eu raison de mes hésitations et non la réputation de l’auteur francophone le plus lu au monde.

De Londres à Istanbul, j’ai été transportée en empruntant les pas d’Alice, jeune femme qui a survécu à la guerre, sans réussir encore à faire le deuil de ses parents, et qui fait un voyage vers les origines, à la rencontre de six personnes qui feront de la vérité telle qu’elle la connaissait une chimère et qui la conduiront au seul homme qui comptera le plus dans sa vie. Ce sont les prophéties d’une voyante la veille de Noël 1950 à Brighton, auxquelles elle n’accorde aucun crédit mais qui la rangent au plus profond d’elle, que des cauchemars où elle fuit un danger dans les plus sombres des rues et entre des maisons en feu la hantent depuis.

Tu rêves du grand amour et rien ne t’effraie plus que de tomber amoureuse

J’ai succombé au charme de la description des endroits, aux détails liés à deux métiers passionnants, la peinture et la parfumerie, et de surcroît à une correspondance qui fait presque le tiers du roman où je me suis délectée de l’humour, de la poésie, de l’émotion des lettres échangées. Il ne manque néanmoins pas d’histoire. C’était la petite cerise imprévisible sur le gâteau, de soulever l’un des sujets les plus délicats du XXème siècle, un sujet qui m’a permis de compléter les images d’un panorama et que je choisis de taire pour ne rien divulguer du coup de théâtre de la fin.

Une fois au cœur de la métropole turque, les cauchemars d’Alice prennent petit à petit sens. Sa raison de vivre aussi. Et son gentleman de voisin, M. Daldry, qui propose, un récent héritage aidant, pour des raisons ambigües de lui venir en aide, fait poser plus d’une question autour de son personnage, ses sentiments et ses motivations. Un vrai tour de passe passe que réussit avec brio cet architecte de profession, écrivain de passion, que quand j’ai refermé le livre, je suis restée pour longtemps dans une jolie ambiance.

 

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