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Verba volant…Scriba manent… Faire parler son stylo ou son clavier, c’est s’extérioriser…

L’Homme qui voulait vivre sa vie

Je viens tout juste de le terminer et bien entendu, c’est une lecture que je recommande vivement. La preuve, j’ai « dévoré » -le terme est plutôt assez fier- ses 497 pages en exactement un mois, ce qui est vue mes emplois de temps chargés et mes horaires peu commodes un exploit.

Deuxième roman dans sa bibliographie (1998), ce livre m’a fait découvrir l’agréable plume de Douglas Kennedy, et dans mon enthousiasme je me demande comment pourrais-je en parler sans me trahir ? Sans tout vous révéler de l’histoire ? Si ce n’est en la résumant ainsi : c’est le récit d’un avocat de profession, photographe de passion, qui mourut deux fois !

En effet, Ben Bradford, avocat émérite de Wall Street a tout pour mener l’heureuse vie, ou plutôt the successful life comme le veut le plus américain des rêves : réussir sa vie, rime à s’enrichir, à faire beaucoup d’argent parce que l’éducation et la volonté parentale y étaient propulsées. Pourtant, parallèlement à sa vie d’époux, de père de famille, grandissait secrètement le regret de passer à côté de son propre rêve, la photographie, jusqu’à arriver à se détester, détester cette existence qu’il mène avec l’impression d’imposture. Un cadre général où l’auteur arrive aisément à y inviter toute personne par accumulation de mauvais choix (imposés -ou presque- par les scrupules et les responsabilités) se trouvant menant une vie en marge de celle qu’elle s’est imaginée au départ, regardant s’éloigner dans le rétroviseur la possibilité de concrétiser sa propre ambition !

Mais l’imposture c’est exactement ce que le protagoniste sera obligé de vivre, de nourrir en détail par multiples mensonges, en extorquant l’identité, le métier, le passé d’un autre.

De son point de vue narratif interne, l’auteur jongle entre les différents styles. A travers les 3 parties du roman, l’histoire est faite de telle sorte que le lecteur n’est pas censé s’ennuyer.

Première partie : Le récit, se déroulant au Connecticut, commence par une description quasi banale du train-train quotidien, du mobilier (ah oui surtout tous les meubles à histoires!), des passions de chacun (l’épouse écrivant des livres jamais publiés, et le mari collectionnant les appareils et équipements dernier cri pour son labo de photo jamais exploité), tout ceci dans le tableau sombre d’un foyer enchaînant. Pour Douglas Kennedy, le mariage étant la prison la plus commune ! Avec 7 chapitres, la partie se termine sur un coup de théâtre.

Deuxième partie : là, pas de répit ! La narration haletante frôle le thriller. Vrai travail de détective et au fond de toute l’action, le suspens que présente l’écrivain, j’ai pensé au film Un Homme Idéal, pourtant l’adaptation au cinéma du présent livre est certes un film français mais qui garde le même titre original sans pouvoir, à en croire les critiques, transporté le spectateur avec la même force du texte. La résurrection est diaboliquement bien pensée, car pour se faire une place entre les vivants il faut avoir le génie et le sens des détails minuscules.

Troisième partie : c’est dans les paysages givrés du Mountain Falls, la petite ville où notre protagoniste atterrit après une longue fuite en avant. Ici, petit à petit, le récit se calme pour laisser place à la vie, ou plutôt à la survie, car la moindre question, la simple remarque, met Ben dans la hantise d’être démasqué, qui signifierait le commencement de la fin ! Les derniers chapitres tournent plus à mon gout en faveur des scénarios hollywoodiens, mais sans lassitude.

En gros, cette lecture, où l’aspect consommateur américain avec défilement de noms de marques entre bonne et mauvaise publicité discrète est très présent, où la technique nécessaire aux métiers surtout de photographe et écrivains est clairement mise en évidence, m’a procurée beaucoup de plaisir et, de l’émotion également. J’étais prise de sympathie pour le personnage (pour son épouse également quand l’échec de ses livres se succédaient, quand elle commençait à vivre exactement la vie qu’elle a toujours fui) et les scènes de séparations, de doute, notamment de silencieux adieux sont si véridiques que des fois j’ai cru avoir les yeux qui s’embuèrent de larmes.

Safaa White

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