L’obsession immobilière, sans pièges (ou presque)

L’obsession immobilière, sans pièges (ou presque)

Entre les acheteurs étrangers qui projettent d’y couler les vieux jours en alliant sable et palmiers ; les compétiteurs s’arrachant les mille et un charme des riads ; les logements économiques qui poussent partout comme des champignons, les crédits à taux incitatifs, le Maroc est bel et bien au milieu d’une épopée immobilière.

Tout le monde rêve évidemment d’un home sweet home, ce toit qui l’abrite tout en étant propriétaire, où il pourra faire sa retraite, se prémunir contre un imprévu financier ou un coup dur de la vie, tout cela sans avoir l’impression de jeter par la fenêtre les montants colossaux des loyers mensuels pendant les longues années de bail.

Ce sont toutes des raisons qui font de l’acquisition, notamment de son « premier bien » l’obsession de presque la quasi-totalité de personnes dont les revenus définissent économiquement, plus ou moins, la classe moyenne. Malgré la crise économique, les revenus limités, qui d’entre nous n’a pas été cible de l’avis d’un parent ou un proche conseillant d’acheter son logement pour y épargner de l’argent ? Tellement, que ça devienne le projet de toute une vie, la finalité des heures supplémentaires et la raison de l’austérité comme mode de vie, après un recours à l’endettement ou l’épargne, où les marocains ne sont pas vraiment si bons joueurs.

Mais s’agirait il réellement d’un investissement ?

Et s’il en est un, à quel coût ?

Contrairement aux terrains, dont le prix des hectares grimpe ou du moins qui conservent leur valeur immobilière, l’achat d’une maison est similaire à celui d’une voiture. Dès l’acquisition cela engendre des frais et elle cache purement des moins-values.

Comme tout marché cyclique, l’immobilier connait des hausses et des baisses et nous sommes toujours dans son cycle baissier, qui empêche de capitaliser sur un bien pour en acheter un autre.

Actuellement, tout placement fait dans la pierre, surestimée et chèrement achetée, a une faible rentabilité.

Si on parle argent, on n’en est pas tous capables.

Selon le HCP, le renchérissement du coût de la vie fait que les ménages ont du mal à thésauriser une partie de leur revenu ou carrément puisent dans leur épargne (enquête 2ème trimestre 2016).

La consommation constituant de ce fait, comme l’immobilier, la principale raison de s’endetter. Pour ceux qui ne sont pas contre à la base, ils y voient un mal nécessaire certes, mais connu comme le financement le plus traditionnel et le plus conventionnel. Sauf que dans le foncier, on ne maitrise pas tous l’information, peu de gens en connaissent les krachs, ses lobbies nous cachent la nature de ses fluctuations et en matière de crédit bancaire rares sont les forts à décortiquer un tableau d’amortissement.

La logique financière estime qu’au lieu de verser des loyers, il vaudrait mieux en faire des mensualités pour rembourser un prêt.

Correct ! Mais cette même logique stipule que plus tôt c’est, mieux ça sera. Il y a presque certains qui pensent que passé un certain âge, la trentaine ou la quarantaine, rester locataire est plus avantageux. Très jeune, la tendance est d’être plus volatile au travail, flexible géographiquement avec moins de responsabilités. Un crédit immobilier, tenant compte du salaire et des charges, s’échelonne généralement sur 20, 25 ou 30 années.

S’ajoutent à ce schéma, les termes tacites d’une solidarité sociale qui font qu’une partie des rémunérations vont sous forme d’entraide familiale et  ébranlent la capacité financière.

Deuxièmement, avec des faux taux et des non-dits, le banquier, cherchant à renflouer des caisses encore fragilisées par la crise des Subprimes, demeure le plus malin des deux contractants ! La grosse partie des remboursements va en faveur de lourds intérêts. Ainsi, le paiement d’une maison/appartement pourrait facilement revenir à 2 fois son prix réel.

Alors pour un revenu moyen, combien d’années d’activités faudra-t-il (et quel en est le pourcentage ?) pour payer sa résidence de rêve ?

La réflexion lancée par ici ne cherche pas à dissuader les futurs acquéreurs, mais de pousser à définir les bonnes motivations (déjà) pour ne pas être pris dans le piège de la spéculation positive et parier sur une hausse des prix future, ni celui de la fausse impression d’acquérir un bien à sa juste valeur ou le semblant de faire des économies.

Evidemment, lors d’un achat, plusieurs paramètres subjectifs et relatifs composent la matrice qui fait de la décision d’investir la plus discutée, et la mûrement réfléchie dans la vie active d’une personne. Donc, naturellement le choix conséquent doit être le plus rationnel et loin de toute influence sociale ou regard réprobateur de la société à l’égard du locataire, dont le statut devient synonyme de celui qui n’a pas réussi grand-chose dans sa vie.

La réalité de définir automatiquement un salarié sans titre foncier comme un loser fait probablement partie de ce que nous sommes, c’est  susceptible même de faire fléchir la balance d’un prétendant au détriment d’un autre.

Devenir propriétaire est pour certains l’Objectif à atteindre, pour 1) se prouver que l’on a réussi, et certainement 2) le paraître, un registre où nous ressemblons peut être aux français, qui sont tout aussi obsédés de devenir propriétaires coûte que coûte. Alors que l’angoisse de l’avenir et la réussite sociale n’ont pas uniquement de réponse dans le foncier.

Chez d’autres sociétés, il est des personnes avec de gros salaires et des moyens qui leur permettent de l’être et pourtant qui ne voient aucun mal à demeurer locataire, plutôt on préfère investir les économies réalisées dans d’autres marchés ou les épargner pour un mode de vie plus luxueux, plus flexible (voyages, véhicules, actions, etc.), loin des engagements bancaires intransigeants qui, sans se mentir ni se leurrer, tiennent le client par la gorge !

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