La maison où je suis mort autrefois

C’est le dernier livre d’un seul colis Livremoi.ma (contenant Les filles du Tsar et Cristallisation Secrète) que je tenais fermement à lire avant la fin de l’année 2016, juste pour ma satisfaction personnelle d’avoir accompli quelque chose jusqu’au bout. Mais, je n’imaginais pas, en dépit de la sinistre couverture, que l’aventure serait tout sauf amusante. C’est également le deuxième roman japonais que je lis après celui de Yoko Ogawa où il est question de mémoire.

Insolite coïncidence ?

Même n’ayant pas lu un troisième pour comparer, je pense que c’est en effet le cas et si j’étais désespérément superficielle j’allais penser que la littérature nippone est obsédée par ses souvenirs, effacés ou harcelants, fidèles ou lacunaires.

De la collection Babel Noir, ce polar, pour qui l’auteur Keigo Higashino a reçu les prix Polar International de Cognac 2010 et Michel Tournier 2013 est poignant. Malgré le style simple dans lequel l’œuvre est faite, elle captive dès les premières pages, parce que l’histoire y est.

Une jeune femme, Sayaka, reprend contact avec le narrateur dont on ignore le nom, pour l’aider à se rendre dans une maison dont elle a hérité dans des conditions étranges la clef et le plan. Souffrant de désamour envers ses proches, et ne gardant pas le moindre souvenir de son enfance, elle espère qu’un tel voyage l’aidera à s’expliquer plusieurs raisons de son mal-être.

La grande partie du roman, et de l’avancement du récit se déroule en une seule nuit, où à partir du journal retrouvé d’un petit garçon, et à l’aide d’autres indices, les deux personnages passent au peigne fin les moindres informations relatives à cette demeure qui s’avère avoir été le lieu d’évènements tragiques et tentent de former le corps d’un puzzle à qui il semble manquaient toujours des pièces.

« D’ailleurs, chacun n’a-t-il pas une maison où l’enfant qu’il était est mort autrefois ? On fait seulement semblant de ne pas voir qu’il s’y trouve encore parce qu’on ne tient pas à le rencontrer. » C’est la seule phrase joliment écrite qui retient par son esthétique l’attention du lecteur à la dernière page, parce que La maison où je suis mort autrefois, n’est pas un poème en prose, mais une forme avec laquelle Keigo Higashino, considéré comme l’une des principales figures contemporaines du roman policier, tente d’alerter le public sur les dérapages d’un phénomène inquiétant qui s’installe progressivement au japon et menace d’ébranler sérieusement la société.

Rien n’est dit à la hâte, rien n’est révélé sans sens et le lecteur assiste au même temps que les enquêteurs amateurs à l’élucidation de plusieurs mystères. Suspendue aux moindres détails révélateurs, je m’accrochais à cette fiction au point de fermer l’œil sur quelques passages du texte que j’aurais jugés de piètre qualité ailleurs, parce que je me moquais de savoir si c’était la traduction ou le souffle de l’écrivain qu’il fallait blâmer tellement ça me permettait d’aller, rapidement, vers l’essentiel et, ce qui ne m’a pas empêché d’ailleurs de ressentir des frissons quand vers la fin les faits ont augmenté graduellement le courant de l’excitation et m’ont tenu en haleine.

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