Marocain, je ne t’aime pas, toi non plus!

Marocain, je ne t’aime pas, toi non plus!

Pour le Maroc, où je suis née et ai vécu jusque-là toute ma vie, je dédie rarement des réflexions. Les situations susceptibles d’engager la responsabilité civile de chacun, ne manquent pas au quotidien, pourtant, au lieu de réagir et manifester ma prise de position, il est toujours d’autres sujets vagues qui viennent les suppléer.

Quand la Darija a commencé à envahir nos slogans publicitaires, nos émissions télé ou quand carrément son introduction dans le cursus scolaire a créé de la polémique, je sentais la bile remontait au fond de mon estomac et j’en voyais le fruit un bel article, qui n’a finalement pas vu le jour. Pareillement, je trouvais dans l’affaire scandaleuse des déchets italiens faisant surface ironiquement en même temps que la compagne Zéro Mika et à la veille de la COP22 une alléchante matière pour m’exprimer. Or, ça fait déjà plus d’un mois que le gouvernent a interdit son importation sans que le moindre encre n’ait coulé (sans que les touches de mon clavier n’aient bougé) à ce propos…

Aujourd’hui, je compte publier un témoignage, mais détrompez-vous, il est de loin le plus négatif : Affichant pour longtemps ma fierté en matière de gastronomie, artisanat ou habillement ; lorsque les success stories de mes concitoyens brillent continuellement, ou quand il y a toujours un marocain qui se démarque du lot dans presque toutes les compétitions, métiers confondus, le moment est venu pour démissionner. Car, j’accumule assez de déceptions de voir ces prouesses n’être couronnées qu’ailleurs ! En effet, nul n’est prophète en son pays!

Courroucée par telles ou telles conduites, il ressortait pratiquement chaque année ou moins un post, où je hurlais ma rage et vomissais mon mécontentement. La colère n’opère-t-elle pas au Quartier Général avec les autres émotions, Tristesse, Peur, Joie et Dégoût, identifiées par Pixar dans Vice Versa ? Mais aujourd’hui, je porte tout le monde en grande haine ! Un goût acerbe d’amertume me tient par la gorge, sans pouvoir fuguer, ni couper les liens sociaux qui me clouent sur place.

Rappelez-vous, je me baladais avec un T-shirt rouge au pentagramme vert sans la moindre gêne, mais mon euphorie patriotique s’achève ici et maintenant !

Car on a beau envisager des ripostes aux pays qui nous haïssent au pluriel, les marocains se détestent eux même au singulier, et face à un tel débordement d’aversion générale, la misanthropie s’installe facilement ; et même les plus indulgents, les plus positifs des marocains finissent par en être touchés.

Cet article même, qui n’est basé sur aucune étude sociale mais le fruit de mes constats réels, est la preuve que mon cœur se gonfle de rancune et d’antipathie envers une partie de concitoyens incivils, qui trainent partout de l’irrespect pour le temps, pour les sentiments, pour les gens, pour les règles, pour eux-mêmes finalement…

Dès le lever du jour, dans les transports publics, dans les rues, dans les marchés, il est facile de lire le mécontentement sur des visages assombris dont les langues ne laisseront pas passer l’occasion de rouspéter à tort et à travers.

Et avant même que la Sustainable Development Solutions Network (SDSN), l’organisme relevant des Nations Unies, ne publie son dernier classement mondial sur le bonheur, nous savons que le marocain n’est pas heureux.

Cette scène est révélatrice d’un mal qui ronge les Marocains, celui du désamour de soi. Ils ne s’aiment pas et placent leur haine dans leurs concitoyens dès lors que la situation le permet. Enquête Telquel 2012, propos recueillis du sociologue Abdessamad Dialmy écrits en 2009

Mais il n’est pas malheureux par hasard :

Il est envieux,

Dénigrant,

Menteur,

De mauvaise foi,

Discriminant,

Négatif,

Pessimiste,

Hostile,

Agressif, ou du moins tout le temps sur la défensive…

MarocIl critique la corruption à hauts niveaux, le népotisme, mais quand vint l’occasion de piétiner les droits d’autrui, c’est la loi de la jungle qui fait foi.

Il déteste l’opportunisme, mais pour son ascension sociale, toutes les informations, les relations sont bonnes pour ne pas s’embarquer sans biscuits, et rien ne l’empêche s’il a gravi l’échelle un peu plus haut, de la retirer aux suivants.

Il est méprisant, quoique le terme mépris ne donne qu’une image altérée au terme dialecte, Hogra, chargé de tout le fiel et du venin que j’ai envie de transcrire. Ses propos sont pleins de discriminations péjoratives, de critiques ethniques, et quelle que soit son appartenance, sa « race quasi aryenne» est la plus pure, la plus forte, la supérieure qui se donne le droit d’insulter, commander, diriger les autres ethnies.

Il épie secrètement les actions, les changements, les mouvements, les courses, les discours d’autrui et se fâche quand on lui lance un coup d’œil indiscret pour le remettre à sa place.

Etc.

Etc.

Une étude menée par l’Université de Nottingham, et publiée par l’hebdomadaire scientifique Nature en mars 2016, révèle que les marocains seraient le peuple le plus malhonnête de la planète. Le Royaume partage sa 1ere place avec La Tanzanie.

Une schizophrénie qui enfonce la société marocaine chaque jour dans un cul de sac d’envie de l’autre et de désamour de soi qui la ronge au plus profond d’elle-même, et sans tout débusquer – ailleurs que sur son voisin – elle risquerait bien de se dépourvoir de son âme !

Une amie m’a dit que le Maroc a seuls les marocains en fatalité ! c’est malheureux, poignant, blessant, désolant… mais on finit par le croire !

Personnellement, j’ai toujours rêvé d’un Maroc meilleur (j’avais même créé un blog avec adresse Ilovebladi, avec l’intention de l’alimenter de belles photos des cités, de beaux groupes musicaux et de beaux récits historiques) de par son originalité mais principalement de par ses femmes et ses hommes. Mais je ne m’empêche de détester voir des jeunes prendre délibérément la place d’un gouvernement absent, pour acheminer vêtements et vivres à des zones enclavées, multiplier les initiatives positives dans des maisons de retraite, orphelinats ou dispensaires.

Je déteste voir les investissements étrangers s’installer au Maroc, les chantiers y évoluer, taxer le peuple au moindre centime gagné et voir en parallèle le pays sombrer toujours dans la pauvreté et la dégradation sociale jusqu’à l’humiliation de l’être humain !

Je déteste que j’en sois arrivée à nous détester ainsi, à parler de nous comme ça ! Car si j’ai peint ce tableau si noir, je me réserve également une case parmi ses têtes non gaies ; si je nous définis de psychotiques, j’ai envie de consulter la première.

Je ne suis ni sociologue ni historienne, pour dire que les marocains n’étaient pas comme je les décris actuellement, ou postuler que toute cette haine, combinée avec encore plus de haine sont une vengeance contre la lutte perdue face à la mauvaise répartition des chances en matière de liberté, de dignité, de santé, de scolarisation, de travail, etc.

Ils pourraient avoir (encore) de la politesse, de l’entraide, de la générosité, de l’honnêteté et de l’honneur dans les veines, ou dans les gènes, je ne sais plus. Ce dont je suis certaine, c’est que si ces qualités, pour ne citer qu’elles, nous ont été transmises de génération en génération, nos ancêtres n’ont pas failli de léguer également leurs névroses. Voulu ou pas, tant qu’on y adhère « fatalement », en projetant sur son semblable ses propres insatisfactions, sa propre méprise de soi, le marocain continuera de se sentir frustré, et le pays dans sa globalité se verra détrôné encore pour longtemps dans l’échelle mondiale du bien-être !

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