Othello ou le Maure de Venise

Othello ou le Maure de Venise

Je découvre à peine William Shakespeare, et que le débat acharné sur la paternité de ses œuvres continue, n’ôte rien à la beauté d’une adaptation mettant en scène plusieurs personnages aux vices particuliers privilégiant, chacun, des conséquences dramatiques et un dénouement cruel.

La colère, l’ivresse, l’ambition, la vengeance, le désir et principalement la jalousie sont les thèmes principaux de l’intrigue théâtrale d’Othello, jouée la première fois en 1604.

S’inspirant de « L’histoire de Disdemona de Mise et du Capitaine Maure » nouvelle signée Giovanni Battista Giraldi Cinthio, écrivain, poète et philosophe italien, le dramaturge britannique adapte l’histoire et en change la temporalité et le dénouement, pour donner au bout de 2 ans la pièce de théâtre que nous avons, en 5 actes, dont le premier se passe à Venise et les autres à Chypre.

Othello est un brave militaire, un Maure, mettant loyalement son épée au service de Venise. Se rendant à Chypre pour combattre la flotte Turque se dirigeant vers l’ile, il fut accompagné de sa femme, la belle Desdomona. Dans la pièce, rien ne laisse deviner sa citoyenneté, ni sa naissance, seule sa couleur de peau est signalée dans les propos racistes de ses ennemis.  

Contrairement à ce personnage fidèle et loyal, William Shakespeare fait évoluer son opposé, Iago (Jago). Pervers, manipulateur, misogyne, Iago est quelqu’un de perfide, puisant sa force des faiblesses et crédulité des autres, pour servir ses propres fins. Vivant dans une universelle détestation de tout et de tous, c’est le personnage négatif par excellence, dont l’élément essentiel est le « mal », inspirant littéralement et pour longtemps de modèle pour la méchanceté de l’homme.

Jago : La vertu ! Baliverne: c’est de nous-mêmes qu’il dépend d’être tels ou tels. Notre corps est le jardin, notre volonté le jardinier qui le cultive. Que nous semions l’ortie ou la laitue, l’hysope ou le thym, des plantes variées ou d’une seule espèce; que nous le rendions stérile par notre oisiveté, ou que notre industrie le féconde, c’et en nous que réside la puissance de donner au sol ses fruits, et de changer à notre gré. P.46

Il sème les noires idées de la trahison et de l’infidélité dans la tête et l’âme d’Othello, qu’il finit par tuer innocente sa femme. Ainsi, le personnage empoisonné par les soupçons devient une figure de toute jalousie maladive.

Quoique la pièce est masculine dans la majorité, les femmes y sont présentes également et sous leur plus beau jour. Ici, elles ne sont coupables de rien. Si la femme est injuriée, frappée même sous le regard du public, elle est loyale, fidèle et sage. Au contraire, les hommes qui exigent obéissance et fidélité, sont représentés comme étant des voleurs, des menteurs, des envieux, des assassins et des ivrognes…

Emilia : Que les maris sachent que leurs femmes sont sensibles comme eux; elles voient, elles sentent, elles ont un palais qui sait distinguer ce qui est doux et ce qui est amer comme les maris. Que font-ils quand ils nous abandonnent pour d’autres? est-ce par plaisir? je le crois; est-ce par passion? je le crois encore; est-ce la légèreté qui les entraîne? c’est aussi cela. Et nous, donc, n’avons-nous pas des passions, et le goût du plaisir et de la légèreté comme les hommes? Qu’ils nous traitent donc bien; sinon qu’ils sachent que, nos torts envers eux, ce sont leurs torts envers nous qui les amènent. P.151

La force de cette tragédie est si puissante qu’elle ne cesse de nous révéler, 4 siècles plus tard, les failles de la condition humaine en général

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