Dans la pénombre

Dans la pénombre

Cela fait longtemps que je n’ai pas écrit quelque chose de très parlante, dans le sens de s’adresser à moi seulement et uniquement ; à caractère endogène qui ne souffre d’interprétation pour la sonder que le moment, la circonstance où elle est née et dont la cause seraient les sentiments instantanés qui y sont investis.

J’ai relu récemment quelques-unes de mes chroniques et j’étais frappée par la beauté du texte, la profondeur du sens et la satisfaction de l’effort intellectuel. En prenant de l’âge mes réflexions devaient fuir davantage la banalité, sans rien ôter de leur élégante texture.

Je ne suis pas prétentieuse. La Fierté n’est pas incompatible à l’humilité, et c’est dans la reconnaissance des traits qui me définissent le mieux que réside toute l’essence de l’humilité, moi qui m’agrippais longtemps à mes idées fossilisées sur la lutte identitaire et la perméabilité de l’être que je suis ; moi qui livrée à une quête interminable d’une quelconque réalisation qui aura à mes propres yeux de la valeur, et que rien ne satisfaisait.

Telle une lumière timide et indécise à l’aube la réponse m’est apparue, alors que je ne posais à ce moment pas la moindre question : Je devrais arrêter de me chercher et commencer à composer avec le peu de notes que je connais ma propre symphonie, et s’il est quelque chose que je détienne comme seule vraie vérité, comme seul patrimoine dont je voudrais faire un legs c’est l’écrit !

Mes proches savent que du combat que je menais, intérieurement, contre le salariat comme idée générale ne sciant pas à mes ambitions, je suis sortie vaincue. Or ce n’est qu’actuellement que je réalise que la marge d’indépendance qu’il m’offre est la partie compensatoire du travail asservissant tel que je le voyais. Mon travail c’est mon gagne-pain, il me permet de vivre décemment à l’abri du besoin. Rien de plus. Aucune motivation, aucune appartenance, aucun plaisir. Et tout lâcher d’une main sans avoir un butin à attraper par l’autre n’est pas seulement inadmessible, mais carrément suicidaire. Une fatalité certes que je voudrais épargner à mes enfants, mais dont je commence à tirer profit. D’autant plus que les souhaits utopiques de changer son monde, créer la différence autour, cesser d’être un simple individu lambda, étaient plus un fardeau pour mon épaule, un supplice pour mon âme qu’une matière fertile pour mon esprit fervent assoifé de questions.

Par contre, c’est mon paratravail qui représente mon engagement seul et favorable.

Dans mes acharnements quotidiens, je n’ai qu’une arme, de faible portée mais précise : Les Mots !

Je n’ai en ma possession que ce journal, théâtre de mes jugements et mes contradictions, mémoire de mes sautes d’humeur et mes raisonnements.

Et il ne serait pas improbable de dire que je tiens mon art pour le plus cher qui soit.

Quand j’écris un article, j’ai envie que le monde entier le lise. Les jours sont comptés au rythme de mes billets où j’essaye d’insuffler (un peu de) toute ma passion et mon opinion. Sans nier, c’est vrai, qu’une fois publiés, je dirige un œil pour la relecture et un autre pour les statistiques, une manie qui risque bien de pervertir le plaisir de la création, si j’y accorde plus que le temps de consultation. Car comme j’aime me le rappeler à chaque fois que l’impression de ne servir à rien me taraude, il faut chercher à partager la perspective de la vie, sans chercher le succès du partage !

Voilà pourquoi je voudrais consacrer suffisamment d’heures en 2017 pour l’écriture. Le seul effort, récompensé ou pas, qui soit tout aussi apprécié pour la fleur comme pour le fruit.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *