Quand on vous diagnostique un cancer

Quand on vous diagnostique un cancer

La semaine dernière j’avais de très lugubres idées hypocondriaques. J’étais si convaincue du futur sombre diagnostic qu’aussitôt j’ai débridé mon imagination en lui offrant un billet de voyage dans le temps ; pour l’avenir où se déroulerait ma vie sans moi.

Vous savez à quoi j’ai pensé en premier ?

Naturellement, à tous les pas que fera ma fille sans que je puisse être à ses côtés, à ses réussites que je ne pourrai féliciter, et à sa vie qu’elle mènera sans que j’aie une fois l’occasion de la conseiller.

Mais beaucoup plus à toutes ces choses sur lesquelles convergent les regrets des mourants : ne pas vivre leurs rêves !

Donc, je devais bien prendre des décisions, de préférence impulsives.

Premièrement, quitter mon travail. Certes, je n’ai pas passé 12 ans à servir les rêves de quelqu’un au détriment des miens. Plutôt, à apporter, comme des milliers de personnes chacune dans son coin, cette pièce du puzzle qui fait la photo de la boîte (d’après les propos d’une directrice grâce à laquelle j’avais l’occasion de retomber sous le charme de quelqu’un comme il m’en arrive rarement), ce qui devrait en soi me satisfaire… sauf que c’est un travail qui ne me définit pas et où je ne ressens pas la moindre joie.

Deuxièmement, faire sortir des oubliettes, mon tapuscrit. Parce que sérieusement, ça sera la seule chose que j’ai ENVIE DE TOUT COEUR de léguer à ma fille et à toutes les personnes qui ont un cru vivement un jour en moi.

Evidemment, on voudrait tous se battre, rester fort et droit face à la maladie. Mais je pense que l’obsession qui révèle le cancer triomphant après tout a effleuré l’esprit de tout malade, qu’il perçoit le temps lui restant le plus précieux des cadeaux pour reprendre pied.

Il est passé 8 ans après la fin du monde telle que je l’avais décrite, les dernières choses à faire avant de m’en aller. Bilan ? je n’ai pas bougé d’un pouce. Je suis consciente à présent que je n’aurais pu accomplir plus que je n’avais accompli jusque-là : pratiquement RIEN !

Inutile de me lamenter ou de me faire plus longtemps des illusions. Mon parcours est la succession de plusieurs décisions conformistes inévitables, comme structurant mon ADN, que j’arrive aujourd’hui à m’accepter volontiers avec toutes mes lacunes.

Je frôle presque la nullité et j’en suis persuadée. Je viens de fêter mes 35 ans et je ne suis toujours ni écrivaine ni indépendante ; le sort de mon roman, et avec la joie de procréer, est actuellement suspendu à une idée qui ne vient pas ; je ne parle qu’une seule langue, et encore, verbalement, je ne peux tenir un discours cohérent sans bafouiller ; à la longueur de journée, je n’offre aucune valeur ajoutée et mes produits par ici sont un simulacre de production ; j’ai cessé il y a longtemps de dresser des to-do-listquand je ne pouvais plus rattraper les écarts…

peu importe que vous ayez du style, une réputation ou de l’argent, si vous n’avez pas bon cœur, vous ne valez rien ! Louis de Funès

L’esprit humain est pervers. Si j’aime cette citation et en fais loi c’est qu’elle sied bien à mon état d’âme présent.

En effet, je ne me suis faite ni fortune ni nom, mais je traîne avec moi depuis si longtemps un coeur dont la grandeur ne me voile guère les yeux.

Les faits de mes échecs sont là et la vérité tenace.

Pourtant, je n’y ressens pas l’once d’amertume.

Vous ne me blâmerez pas, je disais bien que le contentement est dans mes gènes.

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