Sa Majesté des Mouches

Sa Majesté des Mouches

Prenez des enfants, placez les sur une île paradisiaque, où ils ont des fruits à volonté, une piscine où se baigner et une jungle où jouer au Robinson sans la moindre autorité adulte. Vous verrez que quand bien même ils soient heureux à s’amuser, leur éducation, innocence et civilisation éclateront jusqu’à décliner à l’état sauvage, proche de l’animal. Pire. Jusqu’à connaître le crime.

Attaquer ce grand classique de la littérature, même tardivement, a été à la fois une belle découverte et une satisfaction personnelle.

Premier et plus célèbre roman de William Golding, ce chef-d’œuvre paru en 1954, est l’étude des comportements humains lors d’événements catastrophiques. Il brosse également avec une grande maîtrise les styles de pouvoir déguisé joliment en un roman d’aventures.

En effet, l’écrivain britannique a mis en scène 15 garçons qui, on ne sait quand, on ne sait comment, sont livrés à eux-mêmes sur une île déserte après le crash d’un avion. Ils élisent un chef, Ralph, le personnage principal, parce qu’il était le premier à penser qu’ils doivent en choisir un. La conque qui a servi à les convoquer devient le symbole familier de leur institution.

L’ennui quand on est chef, c’est qu’il fallait réfléchir, prendre de sages décisions. Et puis on laissait passer l’occasion, de sorte qu’après il fallait prendre n’importe quelle décision. Voilà qui vous faisait réfléchir ; d’ailleurs la pensée était un bien précieux aux résultats certains… 

Petit à petit, les discordances quant aux priorités créent des tensions déchirant le groupe des survivants, opposant les chasseurs, les guerriers aux raisonnables, pacifiques. La barbarie instinctive de l’homme, capable de cruauté dès l’enfance, est ainsi opposée à l’influence de la civilisation et de la sagesse. En absence de nourriture et en présence de craintes irrationnelles (La Bête ou plutôt l’incarnation des peurs enfouies) on s’inscrit dans de traditionnels schémas dominants-dominés, marqués par le retour à des pratiques tribales où se peindre les corps, présenter des offrandes, attaquer ses semblables et s’entretuer renvoient l’homme civilisé à l’état primitif, pour prouver par la violence sa suprématie.

Qu’est-ce qu’il vaut mieux : avoir des lois et leur obéir, ou chasser et tuer ? […] Qu’est-ce qu’il vaut mieux : la discipline et le salut, ou la chasse et le désordre ?

Sa Majesté des Mouches, dont le titre même est inspiré d’écrits rabbiniques, désignant le « seigneur des démons » (Belzébuth, présenté sous l’apparence d’une mouche) est riche d’une symbolique d’images chargées d’interprétations, sachant que l’écriture est largement accessible (une plume qui pourrait ne pas convaincre tout le monde- version traduite bien entendu) et se lit avec beaucoup d’enthousiasme.

Très contente de lire ce livre culte (référence des ouvrages dystopiques) qui a atteint l’excellence académique des Prix Nobel de Littérature (1983) en « accomplissant une oeuvre dans un esprit idéaliste » comme le stipule le testament d’Alfred Nobel.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *