Un sac de billes

Si expliquer la guerre à un enfant met à rude épreuve la philosophie adulte, espérer qu’il comprenne la nécessité de fuir une haine raciale sort complètement du probable.

Un sac de billes, c’est contre quoi Jospeh Joffo, 10 ans, troque son étoile jaune de juif à l’époque de l’occupation en France, avant que l’anneau ne commence à se serrer davantage sur lui et ses semblables ; avant que la famille ne décide de se séparer pour survivre.

C’est la cavale de deux enfants, Joseph et Maurice, son aîné de deux ans pendant trois ans. Livrés à eux-mêmes dans la nature, ils doivent déjouer les pièges, détourner les questions, s’inventer des histoires, sillonner les chemins de la France des quatre horizons, ils ne pouvaient compter que sur leurs petites mains, leurs pieds en ampoules et sur des secours inattendus pour filer d’entre les griffes des agents SS et ne pas être déportés.

Accessible pour tous, imagé pour rappeler que c’est l’histoire d’un petit enfant, le livre est un succès international à sa sortie. Et si le lecteur a souvent l’impression que les synopsis sont (un peu) tirés par les cheveux, on doit se dire que les souvenirs, écrits trente ans après ce qui pouvait passer par une aventure forcée, ont fait révéler une plume enfouie chez l’auteur qui choisit selon ses besoins littéraires d’aligner la description de ces mêmes faits à certaines règles de rhétorique. Mais l’essentiel est là : ils ont connu la peur, la souffrance, la panique, le doute et l’espoir.

Il me semble que les osselets ne me tenteraient plus à présent, les billes non plus d’ailleurs, une partie de ballon peut être, et encore… pourtant ce sont là des choses de mon âge, après tout je n’ai pas tout à fait douze ans, cela devrait me faire envie… eh bien non. Peut-être ai-je cru à présent me sortir indemne de cette guerre, mais c’est peut-être cela l’erreur. Ils ne m’ont pas pris ma vie, ils ont peut-être fait pire, ils me volent mon enfance, ils ont tué en moi l’enfant que je pouvais être… p 320

Personnellement, j’ai trouvé le récit touchant, émouvant mais il est presque impossible de continuer à lire des témoignages de la diaspora sans tenir compte dans ma tête de deux points où j’aurais l’air de me répéter :

  1. Le besoin d’approfondir mes lectures pour comprendre les raisons derrière ces crimes accompagnant la deuxième guerre mondiale ; car je demeure persuadée que ces pratiques d’élimination, ça va sans dire atroces et le moindrement inhumaines, étaient motivées par quelque chose en dehors de l’envie maladive de suppression ou juste la supériorité de la race aryenne comme ne cessent de rabâcher des émissions sur la chaine Histoire (Nazis Hunters et cie). Alors quoi ? J’avoue que ma bibliographie n’est pas si riche en la matière (quelques documents et des livres, dont le dernier est Le Journal d’Anne Frank, parce que je ne vois pas dans Amour vintage une vrai référence) mais il est clair que les vrais êtres nuisibles comme décrits par Hitler sont restés à l’abri des persécutions qui ont atteint malheureusement d’innocentes personnes y ayant laissé des plumes et des âmes ;
  2. La nécessité d’un état de rapprochement entre deux périodes différentes du même siècle mais toutes les deux très influentes et je ne peux lire un sac de billes avec détachement ou en être sensible sans avoir recours à des scénarios croisés de la Palestine. Et là, je tiens à dire que durant les 382 de l’histoire et l’épilogue je guettais (malhonnêtement) un indice, une phrase, quelque chose pour laisser mon propre ressentiment prendre le dessus, jusqu’à à la postface où je ne dis pas me réconcilier avec l’auteur (j’étais totalement sympathie) mais je découvre un message d’amour et de respect et ça ne m’étonnerait pas que l’un de ses livres figure au programme scolaire suisse.
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