Stupeur & Tremblements


Read / jeudi, février 7th, 2019

Il ne faisait même pas partie de ma PAL et pourtant quand j’ai sorti ma liseuse des oubliettes, notamment pour des lectures de chevet, c’est par un Amélie Nothomb que j’ai ouvert le bal.

C’est ma deuxième lecture de cette écrivaine tant adulée dans le monde francophone, après Attentat, que j’ai reçu comme prix à la fin d’un concours d’écriture au lycée et duquel je garde une belle impression à la fois humoristique et culturelle (c’est-à-dire en sortir avec énormément de clins d’œil pour d’autres livres). Deuxième roman sur le Japon également après l’excellent Geisha, alors qu’une pile de Murakami se morfond chea moi.

Dans ce roman autobiographique, paru en 1999 et récompensé par l’Académie Française, l’écrivaine nous raconte dans son style léger et satirique, auto-dérisoire et critique, imagé et approfondi (un peu moins au goût de certains critiques), un épisode de sa vie quand elle tenait à intégrer une grande firme japonaise, s’y heurtant assez tôt à des situations des plus embarrassantes et déroutantes, allant en s’empirant, enchainant erreurs et maladresses, jusqu’à lui valoir, une déchéance hiérarchique sans précédent. Du poste d’interprète qu’elle souhaitait occuper, passant par le service du thé et la distribution du courrier elle se voit affectée aux toilettes en tant que Madame Pipi. Prise au piège, parce qu’au japon on n’est pas licencié et on ne démissionne jamais par honneur, une des notions fondamentales de la culture nippone, à laquelle Amélie-San essaye de s’aligner sans s’identifier.

Lors d’une lecture facile sans prise de tête, les chapitres réfléchissent le regard « discréditoire » porté sur l’environnement du travail au pays du Soleil Levant, formant le principal maillon de cette culture : Au japon, la vie est l’entreprise. Ailleurs les japonais sont perçus comme des privilégiés, alors qu’au fait la plupart ressemblent à des abeilles besogneuses livrées à un dévouement sans limite à l’entreprise, une réussite professionnelle à tout prix et une loyauté légendaire.

Ses descriptions au vitriol et son écriture imagée s’élargissent en dehors des bâtiments pour représenter sans complaisance l’assujettissement aux convenances, aux traditions, aux regards d’autrui beaucoup plus quand il s’agit de femmes. Il s’agit bien d’un choc de civilisations et de cultures où l’on voit combien les « a priori » sont confirmés de part et d’autres.

« Il ne s’agit en aucun cas d’un pamphlet car cela supposerait que j’ai des comptes à régler avec le Japon. Je n’ai aucun désir de vengeance, ni aucune rancune vis à vis du Japon. Les japonais m’ont traité comme n’importe quelle japonaise alors pourquoi devrais-je leur en vouloir plus que n’importe quelle japonaise ? C’est même d’une certaine façon, un honneur que d’être traité comme une japonaise ! » Amélie Nothomb lors d’une interview

Je tiens à souligner que le titre, Stupeur et Tremblements, ne prend sa signification que vers le dernier chapitre inspiré du protocole Impérial Japonais qui sied parfaitement aux habitudes de l’écrivaine qui affirme métaphoriquement dans le magazine culturel Thé ou café qu’il lui « faut un rien pour tomber enceinte, pourtant c’est en regardant la tête du bébé qu’[elle] pense au nom ».

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