My World To You

Verba volant…Scriba manent… Faire parler son stylo ou son clavier, c’est s’extérioriser…

Vie opaque

VERSET DU CORAN

Le soir, quand il faisait trop noir, il allait se coucher. Sans fermer les yeux, la chambre sombrait dans une opacité absolue…

Au réveil, des lueurs matinales chatouillaient ses pieds et à leurs caresses, il ouvrit les yeux. Il fit quatre pas vers la fenêtre et ouvrit les volets. Mais, il faisait toujours trop noir…

Il était aveugle.

Toute sa vie est devenue calcul : quatre pas pour la fenêtre, six pour la porte, trois vers le placard…

 

Quand j’étais à Rabat et à la cité, je rencontrais plusieurs non-voyants. Je les regardais déjeuner ensemble, discuter et rire de bon cœur, je souriais à mon tour, mais pour un bref moment.

Je connais ma vie faite de plaintes. Mais les épreuves que j’appelle dans mes jérémiades, malheurs interminables s’abattant sur moi, ne sont que la preuve concrète d’une vie qui tourne, d’une vie que je mène. Alors, que les vrais malheurs, ceux que connaissent les autres, nous n’en savons vraiment rien.

J’ai constaté que ceux qui se lamentent très souvent sont ceux le moindrement touchés.

J’ai entendu des dames dire : il me reste des yeux pour pleurer, alors que rien ne leur manque.

J’ai vu certaines gémir de leur incapacité de supporter la contrariété.

Moi-même je ne cesse de me décrire comme étant cette caissière des autoroutes, qui passe sa vie à regarder aller et revenir les vies des autres, alors qu’elle ne bouge pas ! Je ne cesse de répéter que chez nous, on fait tout difficilement…

C’est vrai dans la plupart des cas, mais la vie elle même est un cadeau… sauf que ce cadeau n’est pas gratuit! Hier, j’ai lu que la vie est ce super marché, où nous remplissons nos cadis de biens que nous désirons, tout cela sans oublier de passer régler!

Nous nous plaignons, et jamais pour un instant, nous ne sommes arrêtés pour méditer : Que seraient nos existences, si au lendemain nous venons à éprouver une amputation, un viol, un enlèvement ou une tragique épreuve que non seulement mon vocabulaire s’empêche de citer, mais que mon esprit ne peut imaginer ?!

Tant que nous sommes en vie, personne n’est épargné et je ne le suis pas non plus. Et là, en bonne élève apprenant sa leçon, je dois beaucoup remercier, regorger de gratitude et de saluts de tant de faveurs et de privilèges dont Mon Grand Dieu m’assiège.

Safaa White

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